Constance II



Constance II est l'un des trois fils de l'empereur Constantin Ier et de Fausta. Il régna sur l'Empire romain de 337 jusqu'à sa mort en 361. Son règne, long et tumultueux, est marqué par des conflits internes, des guerres exterieures, et un engagement fervent envers le christianisme, au point de tenter de réunifier l'Église autour d'une doctrine commune.

Jeunesse et Ascension au Pouvoir

Origines et Famille 

Constance II naît dans une famille impériale puissante. Son père, Constantin Ier, est le premier empereur romain à adopter le christianisme et à en faire une religion tolérée dans tout l'Empire. Sa mère, Fausta, est la fille de Maximien Hercule, un ancien empereur, ce qui donne à Constance II des ascendances impériales des deux côtés parentaux.

En 324, Constantin Ier élève ses trois fils au rang de César, une manœuvre destinée à assurer la stabilité dynastique et à préparer ses successeurs à gouverner l'Empire. Constance reçoit une éducation chrétienne stricte, influencée par des précepteurs chrétiens, qui le préparent à la tâche de gouverner.

Le Partage de l'Empire

À la mort de Constantin Ier en 337, l'Empire est partagé entre ses trois fils :

  • Constantin II reçoit l'Occident (les Gaules, la Bretagne et l'Hispanie).
  • Constant Ier reçoit l'Italie, l'Afrique et les Balkans.
  • Constance II hérite de l'Orient (avec Constantinople comme capitale).


L'Empire divisé en triarchie

Cependant, cette division n'est pas exempte de conflits. Rapidement, des rivalités apparaissent entre les trois frères. En 340, Constantin II tente d'envahir le territoire de Constant Ier, mais il est tué dans une embuscade près d'Aquilée.

Constant Ier devient alors le seul maître de l'Occident, jusqu'à son assassinat en 350 par le général Magnence, qui usurpe le pouvoir.

La Guerre contre les Usurpateurs

La Guerre contre Magnence

Après que ses frêres soit tous morts, Constance II se retrouve seul face à un usurpateur, Magnence, qui contrôle les provinces occidentales.



Magnence

Pour reprendre le contrôle de l'Empire, il engage une série de batailles contre Magnence, culminant en 351 avec la bataille de Mursa Major en Pannonie, l'une des batailles les plus sanglantes de l'histoire romaine (autour de 50 000 morts). Constance l'emporte et poursuit sa marche vers Rome. Magnence, en fuite, se suicide à Lyon en 353, laissant Constance II comme l'unique empereur de l'Empire romain.


Après cette victoire, Constance II entreprend une vaste épuration des partisans de Magnence et réforme l'administration pour consolider son autorité.

Il se méfie de ses généraux et hauts fonctionnaires et s'entoure de fidèles eunuques et notaires, créant ainsi un réseau d'espionnage qui devient l'un des premiers systèmes de renseignement véritablement efficaces de l'histoire impériale.

Le Défenseur de l'Empire

Guerre contre les Sassanides

L'un des défis majeurs du règne de Constance II est de défendre la frontière orientale contre les Sassanides, dirigés par le roi Chapour II.



Chapour II

Dès 337, la guerre éclate avec l'invasion de la Mésopotamie par les Sassanides. Constance II adopte une stratégie défensive, utilisant les forteresses de Nisibe, Singara et Amida (renforcées sous Dioclétien) comme points de résistance contre les assauts perses. En dépit de plusieurs affrontements, la guerre sassanide ne trouve pas de conclusion décisive pendant son règne, même si Constance parvient à empêcher Chapour II de s'emparer durablement des positions romaines.

Les Campagnes en Occident

En Occident, l'Empire romain est confronté aux incursions des Alamans, des Francs et d'autres tribus germaniques. Constance II, incapable de gérer les deux fronts simultanément, nomme en 355 son cousin Julien comme César pour défendre la Gaule.

Julien remporte plusieurs victoires, notamment à la bataille d'Argentoratum en 357 contre les Alamans, et restaure la stabilité dans cette région. Cependant, la popularité croissante de Julien inquiète Constance II, qui craint une nouvelle usurpation.



Julien

La Politique Religieuse : Vers une Unification Chrétienne

Consolidation du Christianisme et Répression des Hérésies

Constance II, comme son père, est un empereur chrétien dévoué. Il s'efforce de renforcer l'Église chrétienne en promulguant des lois contre les cultes païens et en favorisant le christianisme comme religion d'État.

En 346, il ordonne la fermeture des temples païens et interdit les sacrifices, en punissant de mort les contrevenants. Il impose également des restrictions sévères aux pratiques magiques et à la divination.

Cependant, Constance II doit également faire face aux divisions internes au sein de l'Église, notamment entre les partisans de l'arianisme (qui soutient que le Christ est de nature distincte de Dieu le Père) et ceux du concile de Nicée (qui soutient la consubstantialité du Père et du Fils).



Le concil de Nicée (sous Constantin)

Constance II, influencé par sa mère et son éducation chrétienne, favorise souvent les ariens et tente d'unifier le dogme chrétien sous cette bannière. Ainsi, il convoquera plusieurs conciles, comme celui de Sirmium et celui de Constantinople en 360.

Conflit avec l'Église Nicéenne 

Cette politique religieuse crée des tensions avec de nombreux évêques nicéens, dont Athanase d'Alexandrie, qui est exilé plusieurs fois par Constance II. Les mesures prises par l'empereur pour imposer l'arianisme le mettent en conflit avec une grande partie du clergé occidental, et même avec son frère Constant Ier, fervent partisan de l'orthodoxie nicéenne.



Carte : les Diocèses arianistes (orange) ou nicéens (vert)

Fin du Règne et Héritage

Conflit avec Julien et Mort de Constance II

En 360Constance II ordonne à Julien de lui envoyer ses meilleures troupes, officiellement pour renforcer l'armée sur le front sassanide. En réalité, il sombre dans une certaine paranoïa, et espère ainsi prévenir toute rébellion de son cousin.

Ce retrait de forces provoque une mutinerie parmi les troupes de Julien. Ces légions sont composés de citoyens recrutés aux frontières, qui se sont engagés pour défendre leurs terres et leur famille face aux barabres, et qui n'ont aucune envie d'être envoyés à l'autre bout de l'Empire, loin de chez eux, et au risque de laisser leur propre frontière sans surveillance.

Ils proclament alors Julien Auguste en février 360Constance II se prépare à affronter son cousin, mais meurt de maladie à Mopsueste en Cilicie, en novembre 361, avant d'avoir pu combattre Julien. Sur son lit de mort, il désigne Julien comme son successeur légitime, évitant ainsi une nouvelle guerre civile.

Héritage et Réformes

 Sur le plan politique, Constance II continue les réformes de Constantin Ier en renforçant la centralisation administrative de l'Empire, en créant des préfets régionaux pour superviser les grandes divisions administratives. Il développe également une cour impériale plus raffinée et formalise le protocole, des éléments qui préfigurent le fonctionnement du futur Empire byzantin.

Son règne est également crucial pour l'évolution du christianisme comme religion dominante de l'Empire, malgré les dissensions internes et les querelles doctrinales qui continuent à diviser l'Église après sa mort. Ses efforts pour maintenir l'unité de l'Empire sont reconnus, notamment lorsqu'il désigne son propre adversaire comme successeur, dans le seul interêt de l'empereur.


Conclusion

Constance II, tente de préserver l'héritage de son père, tout en naviguant dans une époque marquée par des bouleversements politiques et religieux majeurs.

Sa mort en 361 laisse l'Empire dans une position instable, ouvrant la voie au règne de Julien, le dernier empereur païen de Rome, qui, malgré ses propres ambitions religieuses et politiques, échouera à renverser les transformations amorcées par les Constantiniens.