Postume, figure souvent éclipsée par les grands empereurs de l’histoire romaine, est pourtant un acteur clé de la crise du IIIe siècle. Cet homme incarne l’une des plus fascinantes manifestations de la désagrégation du pouvoir impérial, quand plusieurs provinces se détachèrent de Rome pour former différents royaumes indépendants.
Contexte historique
Nous sommes en 260 après Jésus-Christ, une période de crises multiples pour l’Empire romain. L’empereur Valérien, capturé par les Perses, laisse un vide au sommet du pouvoir.
Son fils Gallien, chargé de défendre l’Empire, doit faire face à des pressions insoutenables à la fois sur les frontières et à l’intérieur des provinces. C’est dans ce contexte d’instabilité et de menaces constantes que Postume, alors gouverneur des provinces de Gaule, de Germanie et de Bretagne, décide de s’emparer du pouvoir dans l’Ouest de l’Empire.
L’accession au pouvoir de Postume
Postume n’appartient pas à une grande famille patricienne. Ses origines modestes font de lui un homme du peuple, puis un général apprécié par ses troupes. En 260, après une querelle concernant le partage du butin avec Saloninus, fils de l'Empereur Gallien.
Saloninus veut envoyer le butin à Rome, mais les Gaules auraient besoin de ces richesses pour se défendre contre les germains !
Saloninus ne veut rien entendre. Malheureusement pour lui, les légionnaires sont en majorité des barbares, installées sur la rive gauche du Rhin, où l'armée romaine les a recrutés. Ainsi, ce sont leurs propres terres qui sont la cible de raides des autres barbares, de la rive droite. Ils ont besoin de cet argent pour défendre leurs terres, et leur propre famille. Des voix s'élèvent dans l'armée, contre le choix égoiste de Saloninus. Rapidement, Postume est acclamé empereur par ses soldats, avant que le butin n'ait le temps de partir pour Rome.
Cette élection militaire, si fréquente dans cette période de l’anarchie militaire, marque le début de l’Empire des Gaules, un territoire qui comprend la Gaule, la Germanie, la Bretagne et l’Hispanie (qui reste disputée).
Le règne de Postume
Dès son avènement, Postume se consacre à stabiliser la région sous son contrôle. Conscient des menaces barbares, il renforce les défenses et assure la sécurité des frontières, problématique qui sera le principale soucis de son règne. Sa politique se veut pragmatique : il se présente non pas comme un adversaire de Rome, mais comme le protecteur des provinces occidentales, qu’il prétend défendre face à l'incurie du pouvoir central, qui ne faisait pas assez pour combattre les Germains.
Malgré l’étiquette d’usurpateur qui lui est parfois attribuée, Postume gouverne avec une certaine légitimité locale. Il s’efforce de maintenir l’ordre, et fait frapper des monnaies en son nom, affirmant ainsi sa souveraineté. Les inscriptions et les monnaies émanant de son règne rappellent son rôle de « Restitutor Galliarum », "restaurateur des Gaules", titre qui témoigne de son ambition de protéger et de renforcer les provinces occidentales.
La fin tragique de Postume
Malheureusement, comme beaucoup de dirigeants de cette période troublée, Postume voit son règne menacé par des ambitions rivales. En 269, Laelianus, l’un de ses propres généraux, se rebelle contre lui à Mayence.
Postume parvient à écraser cette révolte, mais il refuse de laisser ses troupes piller la ville en représailles. Cette décision lui coûtera la vie : ses propres soldats, frustrés, le mettent à mort.
Conséquences et héritage
La mort de Postume précipite la fin de l’Empire des Gaules, bien que celui-ci survive encore quelques années sous ses successeurs. Son règne marque une tentative courageuse et relativement réussie de maintenir l’ordre dans une province en proie aux raides barbares, à une époque où Rome semblait incapable d’assurer sa propre défense. Son histoire illustre la fragilité de l’autorité impériale à cette période, mais aussi la résilience des provinces, capables de se prendre en main face aux défaillances du pouvoir central.
Ainsi, Postume demeure une figure complexe, à la croisée entre ambitions personnelles et son sens du devoir public. Si son nom n’évoque pas la grandeur des Empereurs romains, il incarne néanmoins une personnalité forte et déterminée, qui se mets au service du peuple, au beau milieu d'un IIIe siècle marqué par la violence, l’instabilité.

