À la fin du IVe siècle, alors que l’Empire romain d’Orient cherche encore à se stabiliser, une femme parvient à s’imposer dans l’ombre du trône impérial : Aelia Eudoxia. Épouse de Flavius Arcadius, elle devient l’une des figures les plus influentes de la cour byzantine grâce à son ambition et à sa capacité à manœuvrer dans un monde dominé par les intrigues politiques.
Une ascension fulgurante
Née vers vers 380, Eudoxie est issue d’une famille d’origine franque. Son père, Bauto, est un général barbare ayant servi sous l’Empire romain, ce qui lui confère un statut social élevé malgré son ascendance étrangère. Sa position lui permet d’accéder à la cour impériale et d’attirer l’attention de l’empereur Arcadius, fils de Théodose Ier et souverain de l’Empire d’Orient.
En 395 ou 396, elle épouse Arcadius, devenant impératrice. Ce mariage est arrangé par le puissant eunuque Eutrope, qui cherche à asseoir son autorité sur l’empereur en soutenant une impératrice qui lui serait redevable. Pourtant, Eudoxie se révèle rapidement plus ambitieuse et plus habile que prévu.
Flavius Arcadius
Une impératrice avide de pouvoir
Bien qu’Arcadius soit l’empereur officiel, son tempérament passif et sa faible personnalité laissent un vide que d’autres s’empressent de combler. Eudoxie comprend rapidement que le véritable pouvoir ne réside pas dans le titre impérial, mais dans la capacité à influencer les décisions de l’Empereur.
Son premier coup d’éclat politique survient en 399, lorsqu’elle participe à l’éviction de Eutrope, son ancien protecteur. L’eunuque, qui avait accumulé un pouvoir immense, se retrouve isolé après une série de décisions impopulaires. Eudoxie s’allie aux factions opposées pour le faire tomber en disgrâce, démontrant ainsi sa capacité à manœuvrer dans les coulisses du pouvoir.
Désormais, c’est elle qui contrôle Arcadius, et elle ne tarde pas à renforcer sa position en se faisant proclamer Augusta en 400, lui permettant de s’impliquer encore plus directement dans les affaires de l’Empire.
Intrigues et rivalités à la cour impériale
Eudoxie se lance dans une série d’intrigues pour écarter ses rivaux. Son principal adversaire est Jean Chrysostome, patriarche de Constantinople et figure ascétique du christianisme. Son influence religieuse et ses critiques publiques contre la corruption de la cour, et en particulier contre le mode de vie luxueux de l’impératrice, en font un ennemi direct d’Eudoxie.
En 403, elle orchestre sa disgrâce et son exil en manipulant Arcadius et en obtenant le soutien des évêques hostiles à Chrysostome. Ce dernier est rappelé brièvement en 404, mais après de nouvelles tensions, il est définitivement exilé. La population de Constantinople, indignée par cet acte, déclenche des émeutes.
Chrysostome s'oppose à Eudoxie
La fin d’une impératrice redoutée
Eudoxie domine la cour pendant plusieurs années, imposant ses partisans et gouvernant aux côtés de son mari, qui demeure largement sous son influence. Cependant, elle meurt prématurément en 404 ou 405, probablement des suites d’un accouchement.
Sa disparition laisse un vide à la cour impériale, mais son héritage demeure. Son ascension et son règne ouvrent la voie à d’autres figures féminines influentes de Byzance, qui suivront son exemple en contrôlant l’Empire depuis l’ombre du trône.


