1944 : La Libération



Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, des dizaines de milliers d’hommes embarquent depuis les côtes anglaises, entassés dans des péniches, des destroyers, des cargos. La mer est grise, le ciel bas. Il pleut sur la Manche, mais la traversée a commencé. C’est l’opération Overlord, le plus vaste débarquement amphibie jamais tenté. À bord, des Américains, des Britanniques, des Canadiens — et aussi quelques centaines de Français libres, impatients de poser le pied sur une terre qu’ils n’ont pas vue depuis quatre ans.

Face à eux : les plages du Mur de l’Atlantique, hérissées de bunkers, de mitrailleuses, de mines. Et au-delà : la France, et l'Europe occupée, affamée, soumise depuis 1940 à l’ordre nazi et à la collaboration de Vichy. Mais le débarquement n’est pas seulement un événement militaire. Il est le signal d’une bascule : celle d’un continent qui va progressivement être libéré de l’emprise allemande, et d’un pays — la France — qui va devoir retrouver sa souveraineté, son État, son identité politique.

À partir de ce 6 juin, tout s’accélère : les combats sanglants en Normandie, la remontée vers Paris, les insurrections intérieures, les épurations, les rivalités politiques. La Libération n’est pas qu’une victoire : c’est une reconstruction. Derrière les drapeaux, les défilés, les scènes de liesse, ont lieux des choix cruciaux : qui gouvernera la France ? Comment tourner la page de Vichy ? Quels principes guideront la République à refonder ?

Le Débarquement : un tournant stratégique majeur

Les préparatifs : une opération militaire hors normes

La planification du Débarquement de Normandie, nom de code "Overlord", commence dès 1943, bien avant que les troupes alliées ne posent le pied sur les plages françaises.

Lors de la conférence de Téhéran en novembre 1943, Roosevelt, Churchill et Staline s’accordent enfin sur l'ouverture d'un front en Europe occidental. Il doit pouvoir soulager les efforts de l’Armée rouge à l’Est et accélérer la chute du IIIème Reich.



Les trois principaux chefs alliés, à Téhéran

La Normandie est choisie après de longues discussions stratégiques. La côte présente des défenses allemandes importantes mais pas insurmontables (contrairement au Pas-de-Calais), et des plages favorables aux débarquements de blindés. L’ennemi, cependant, est préparé.

Le maréchal Rommel, depuis son retour d'Afrique, a renforcé le Mur de l’Atlantique. Sur près de 4 000 kilomètres de côtes, de la Norvège au Pays Basque, les allemands posent des milliers de mines, hérissent les plages d’obstacles antichars, construisent des casemates et placent leur artillerie.



Une sentienelle surveille les plages.


Rommel sait que le Débarquement viendra, mais ignore où et quand. Conscient de la supériorité alliée écrasante depuis l'entrée en guerre des États-Unis, il déclare : 

« Le sort du front de l'Ouest se jouera sur les plages. Si nous ne réussissons pas à repousser l’ennemi à la mer dans les vingt-quatre premières heures, la guerre sera perdue. »



Rommel (au centre) visite le mur dans le Pas de Calais.

Pour tromper l’ennemi, les Alliés lancent une vaste campagne de désinformation, c'est l'opération Fortitude. L’objectif : faire croire que le débarquement aura lieu dans le Pas-de-Calais, pour que les allemands retirent des troupes de Normandie. Les alliés mobilisent des agents doubles pour propager de fausses informations, et créent même de toutes pièces une armée fictive. 



Char gonflable appartenant à l'armée fictive. Des milliers de faux chars, camions ou avions sont rassemblés dans le sud-est de l'Angleterre, pour donner l'impression d'un débarquement imminent à Calais.

Vu du ciel par les pilotes de la Luftwaffe, cette armée gonflable aura tout l'air d'une vraie menace. 

La ruse fonctionne : des troupes de Normandie sont transférées vers le nord. Mieux, Hitler conserve ses divisions d’élite dans le Pas de Calais pendant plusieurs semaines après le débarquement, persuadé qu'il s'agit d'une diversion avant une attaque sur Calais !

Sur le terrain, la Résistance française agit comme un relais indispensable entre les Alliés et le territoire occupé. Les réseaux de renseignement transmettent aux Britanniques des informations précieuses sur les positions allemandes, les mouvements de troupes, les défenses côtières.

Dans les jours précédant le 6 juin, les groupes de sabotage multiplient les attaques contre les lignes de chemin de fer, les dépôts, les postes de communication.



Un train déraillé par la résistance

Ces actions sont coordonnées avec Londres via la BBC, qui diffuse des messages codés. Ainsi, le 5 juin, dans la soirée, le signal est envoyé aux résistants de déclencher les opérations de sabotage, dans un message transmis par la radio anglaise : 

"Les carottes sont cuites"

Les actions de la résistance désorganisent les allemands, retardent l'arrivée des renforts et fixent des unités entières loin des plages. Dans certaines régions, des maquis attaquent ouvertement, forçant la Wehrmacht à disperser ses effectifs.

Ce travail de l’ombre, mené au péril de la vie des résistants, allège la pression sur les troupes alliées le Jour J. Sans cette collaboration entre services secrets britanniques, réseaux intérieurs français et commandement allié, le Débarquement aurait sans doute été plus long et plus sanglant.



GI américains et résistants français se rencontrent après le débarquement

Le 6 juin 1944 : le choc

À l’aube du 6 juin 1944, 156 000 soldats alliés s’élancent depuis l’Angleterre vers les côtes normandes. C’est la plus grande opération amphibie de l’histoire. Le ciel est bas, la mer agitée. Le débarquement était prévu la veille, pour le 5, mais une tempête a forcé un report.

Enfin, c'est l'heure tant attendue. Peu après minuit, des milliers de parachutistes américains et britanniques sont largués à l’intérieur des terres. Leur objectif : prendre le contrôle de points stratégiques (Ponts, noeuds routiers ou de chemins de fer, batteries d'artillerie) et semer la confusion dans l’arrière allemand. Ils sont les premiers soldats alliés à poser le pied en France.



Les parachutistes, dans l'avion.

Pendant ce temps, l'aviation alliée largue des milliers de tonnes de bombes sur les fortifications côtières dans l'objectif de préparer le terrain pour l'infanterie. La violence du bombardement affaiblit les défenses allemandes, mais, en raison de la nuit, tous les objectifs ne sont pas atteints. Cela aura des conséquences sanglantes, au matin.

À 6 h 30, les premières barges touchent les plages. Au total, 5 plages sont visées, entre Douvres et Cherbourg, portant chacune un nom de code : Utah et Omaha pour les Américains ; Gold, Juno, Sword pour les Britanniques et Canadiens.



Carte : les plages du débarquement

À Omaha Beach, la 352e division allemande, bien retranchée et peu touchée par les bombardements, transforme la plage en abattoir. Les soldats américains, écrasés par les tirs de mitrailleuses et d’artillerie, avancent mètre par mètre sous une pluie d’acier. 

 Les chars amphibies, qui devaient appuyer l'assaut de l'infanterie, coulent presque tous, renversés par la houle. Des barges entières sont fauchées avant même l’ouverture des portes. Le sol tremble sous les explosions, l’eau vire au noir, puis au rouge. Les pertes sont terribles.



Le Débarquement



Soldats réfugiés derrière des pics anti-chars

Mais l’assaut tient. Vers 9h, des troupes parviennent à s'abritter sous les falaises. À partir de là, les GI vont remonter la pente vers les bunkers. Les premières lignes allemandes cèdent dans l’après-midi. Le débarquement a réussi. 



Pour capturer la Pointe du Hoc, à omaha beach, les américains ont du escalader une falaise haute de plusieurs dizaines de mètres. 


La bataille de Normandie : du sable au bocage

Le débarquement n’est que le début. L’objectif n’est pas seulement de prendre pied, mais de percer le front et libérer la France. C’est là que commence une autre bataille, bien plus longue : la bataille de Normandie.

En Normandie, les troupes alliées se retrouvent confrontées à un terrain défensif par excellence : le bocage normand. Chaque champ est cloisonné par des "haies" épaisses : des talus de terre d'environ 1 à 2 mètres de haut, derrière lesquelles les défenseurs peuvent se retrancher. 

Les blindés allemands — notamment les redoutables Panzer et Tigre — y tiennent leurs positions avec une efficacité meurtrière. L’artillerie frappe à courte portée. L’avance est lente, sanglante, exténuante.



Des soldats alliés sont retranchés derrière les "haies" du bocage.

Dès la mi-juin, la bataille de Normandie prend la forme d’un conflit d’usure, où les Alliés doivent progresser lentement, au prix d’efforts considérables et de pertes élevées. Chaque kilomètre gagné devient une épreuve. 



Un char Tigre allemand, en Normandie. Les alliés doivent affronter plusieurs divisions d'élite allemandes, aguerries par près de trois ans de combats sur le front de l'Est.

Les villes et villages deviennent des points d’ancrage de la défense allemande : Carentan, Tilly-sur-Seulles, Caen, Saint-Lô, autant de noms devenus synonymes de combats urbains acharnés.



Les bombardements alliés, nécessaires mais massifs, ravagent les villes normandes : Caen, Saint-Lô, Vire sont réduites à des ruines. Les civils, souvent ignorés des récits héroïques, payent un prix terrible.

Plus de 20 000 Français seront tués sous les bombes alliées pendant la bataille de Normandie. Le sacrifice est réel, la libération coûte cher.



Jeep américaine dans les ruines d'un village français.


Face à la résistance allemande, la puissance industrielle et logistique des Alliés devient décisive. Chaque jour, des milliers de soldats, véhicules, vivres et munitions traversent la Manche. Les plages, transformées en bases logistiques, voient arriver des convois quasi ininterrompus.

La suprématie aérienne alliée est écrasante. Les chasseurs-bombardiers harcèlent les colonnes ennemies, les lignes de ravitaillement et les postes de commandement. L’arrière allemand est constamment désorganisé, rendant toute contre-offensive difficile. Les divisions allemandes doivent souvent se déplacer de nuit pour éviter les frappes. Cette pression permanente use l’ennemi.



La flotte alliée livre du matériel sur les plages

Petit à petit, grâce à leur supériorité materielle et logistique, les alliés gagnent du terrain. Le tournant décisif a lieu en août 1944 lors de la bataille de la poche de Falaise.

Mi-août, l’armée allemande est prise au piège : plusieurs divisions, environ 100 000 hommes, sont encerclées autour de Falaise et d'Argentan. Seul issu possible : un maigre couloir routier que l'aviation alliée pilonne sans relâche. La retraite se transforme en carnage : les carcasses de véhicules calcinées et de blindés détruits s'étalent sur des kilomètres.



Chars allemands abandonnés sur la route de Falaise.

Au total, les allemands perdent plus de 60 000 hommes, dont 50 000 prisonniers. C’est une saignée stratégique pour la Wehrmacht. Surtout, les allemands laissent à Falaise près de 10 000 véhicules, dont plus de 400 chars. Alors que l'industrie du Reich est sous pression, de telles pertes sont difficilement remplacables.

L'armée allemande perd le gros de ses forces à Falaise. Elle n'a plus rien à opposer à l'avancée alliée.


Victoire locale, tournant stratégique

La bataille de Normandie s’achève avec la fermeture de la poche de Falaise à la fin du mois d’août 1944.

La campagne est une victoire opérationnelle de grande ampleur, arrachée au prix de lourdes pertes — plus de 200 000 soldats alliés et 400 000 Allemands sont hors de combat, des dizaines de milliers de civils français ont été tués sous les bombardements. 

En dix semaines, le verrou de l’Ouest est brisé. L’armée allemande s'est révélée incapable de repousser les alliés à la mer, et doit maintenant faire face à un second front qui divise ses forces.



Char allemand abandonné en Normandie.

La Libération de la France

Une reconquête rapide

Au lendemain de la victoire en Normandie, les armées alliées lancent une offensive fulgurante à travers la France. La Wehrmacht, frappée de plein fouet à l’ouest et débordée à l’est par l’Armée rouge, ne parvient pas à reconstituer une ligne de défense cohérente. À partir d'août 1944, en à peine quelques semaines, l’ensemble du territoire bascule.

L’avance alliée repose sur plusieurs facteurs :

  • La désorganisation allemande, frappée par des jours de bombardements et de retraite précipitée ;
  • La supériorité aérienne absolue des Anglo-Américains, qui écrase toute tentative de contre-attaque ;

  • Une logistique d’une efficacité remarquable, incarnée par le système du Red Ball Express, un réseau de convois motorisés qui alimente en carburant et en munitions toute l'armée.


Livraison de munitions par un camion du Red Ball Express.

Alors que l'Amérique est encore en pleine ségrégation, les afros-américains sont généralement affectés à la logistique plutôt qu'aux unités combattantes. Ils constituent la majorité des chauffeurs du Red Ball Express.

Pendant que les Alliés percent au nord, un second débarquement majeure est lancée dans le sud de la France : l’opération Dragoon. Le 15 août 1944, des troupes alliées débarquent en Provence, ouvrant un nouveau front dans le sud.

Les alliés débarquent entre entre Fréjus et Cavalaire, puis sécurisent rapidement Toulon et Marseille, les principaux ports de Méditerranée, qui tombent en deux semaines.



La flotte alliée devant Saint-Raphaël

Le Corps expéditionnaire français, dirigé par le général de Lattre de Tassigny,  forme le gros de l'armée du sud. Appuyée par la logistique américaine, c'est cette armée française, composée à majorité de troupes coloniales Nord-Africaines et de pieds noirs algériens, qui va libérer le sud et la vallée du Rhône.

Les alliés progressent rapidement le long de la vallée du Rhône, pour faire une jonction stratégique avec les troupes venues de Normandie. ​Celle-ci se fait en septembre à hauteur de Dijon. Les Allemands, pris en tenaille, quittent la France en désordre. À ce moment-là, la quasi-totalité de la France est libérée.



Carte : la libération de la France

Au fil de l’avancée, les maquisards et résistants locaux jouent un rôle d’appui : sabotages de ponts, embuscades, libération de villes... En zone rurale comme dans les villes, la Résistance, en harcelant les troupes allemandes et en désorganisant la logistique de la Wehrmacht, contribue à la victoire militaire. 

Dans cette reconquête, de Gaulle tente le plus possible d'engager des unités françaises. Il sait que la situation de la France est paradoxale : son gouvernement a officiellement capitulé et collaboré avec l'Allemagne en 1940 !

Il cherche alors à ce que l'armée de la France Libre et la résistance intérieure jouent le plus grand rôle possible dans la libération du pays, pour sauver l'honneur de la France, mais aussi pour qu'elle soit reconnu comme faisant partie du camp des vainqueurs.



La Ière armée française libère Aix-en-Provence.

Cette politique, soutenue par Churchill, est violamment critiqué par le président américain Franklin D. Roosevelt. Pour lui, peu importe les efforts de de Gaulle, la France ne fait pas parti des vainqueurs. Le pays doit être administré par l'armée américaine à la libération, et en aucun cas être traité comme un allié. 

Une retraite sanglante

La France se libère, mais l'armée allemande ne se retire pas sans violence. Au moment de la retraite à l’été 1944, la machine répressive nazie redouble de brutalité. Les derniers convois de déportation quittent la France jusqu’à la mi-août : le 17, un train quitte Paris, et emporte encore plus d’un millier de Juifs vers les camps de la mort, quelques jours seulement avant la Libération de la capitale.



Des juifs sont entassés dans des wagons à bestiaux, au départ de Paris.

Partout, la Gestapo vide ses prisons à la hâte : certains détenus sont exécutés sommairement, d’autres embarqués de force vers l’Allemagne. À Lyon, plusieurs centaines de prisonniers sont abattus froidement dans un champ. 

Dans les villes en passe d’être libérées, les Allemands multiplient les massacres d’otages et les destructions, appliquant jusqu’au bout une logique de terreur qui accompagne leur repli. À Ordaour, la division SS Das Reich tue plus de 600 civils français, hommes femmes et enfants, et brûle un village entier. Des évènements similaires ont lieu dans toute la France.



Les ruines d'Oradour-sur-Glane



Civils français pendus par la Wehrmacht

La résistance prend le pouvoir

​Dans les zones libérées, les résistants prennent le pouvoir localement, souvent avant l’arrivée des Alliés. Des Comités de Libération se forment, encadrés par les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). Ils remplacent l'administration vichyste.

On brûle les symboles de la collaboration. Dans certains cas, les tensions dégénèrent : règlements de comptes, tonte des femmes, exécutions sommaires... L’épuration sauvage commence, en l’absence d’un pouvoir central encore pleinement installé



Une femme est tondue à Lyon

"Paris libéré !"

Alors que les troupes alliées poursuivent leur percée depuis la Normandie, Paris reste encore occupée par près de 20 000 soldats allemands. Pourtant, depuis le début du mois d’août 1944, la capitale est en ébullition. 


La capitale se soulève

Le soulèvement commence par la grève. Ce sont d’abord les cheminots, le 10 août, qui ouvrent le mouvement avec une grève massive. Ils sont suivis par les agents des postes, puis par les employés de la RATP et une partie de l'administration. Les transports s’arrêtent, l’administration ralentit.

Le 15 août, la police parisienne, déjà proche des réseaux de résistance, se soulève à son tour. Des armes sont dissimulées dans les commissariats, des documents allemands transmis aux réseaux. L’appareil d’occupation se fissure de l’intérieur.

Le 19 août, l’ordre est donné pour l'insurection générale. Des barricades s’élèvent dans tout Paris. Les FFI prennent d’assaut les bâtiments publics, soutenus par une grande partie de la police municipale. Des combats éclatent autour de la préfecture de police, du Sénat, du ministère de l’Intérieur



Résistants armés dans Paris.

​Pendant ce temps, à Alger, De Gaulle observe attentivement la situation. Il sait que les Alliés, notamment Eisenhower, n’ont pas l’intention d’intervenir immédiatement à Paris. Stratégiquement, la capitale n’est pas une priorité, et l'état major veut éviter de sanglants combats urbains. Les alliés décident de de la contourner.

Mais De Gaulle ne peut pas laisser Paris hors de contrôle. Il sait que la libération de la capitale aura une immense influence politique sur l'après-guerre.

- D'un côté, les américains veulent mettre en place une administration militaire, gérant la France comme un territoire occupé.

- De l'autre, la résistance compte de nombreux militants de gauche. Si les alliés laissent Paris se libérer seul, les communistes pourraient profiter du vide de pouvoir pour imposer leur régime. La situation pourrait dégénérer en guerre civile.

De Gaulle, au milieu, cherche toujours à légitimer la France Libre. Il veut assurer la transition démocratique et protéger la souveraineté du pays devant les ambitions américaines. Pour cela, il l'a décidé : les français libres doivent libérer Paris. 


L’entrée de la 2e DB

Le 22 août, de Gaulle donne donc l’ordre au général Leclerc, stationné en Eure-et-Loir avec la 2e Division blindée, de se diriger vers Paris sans attendre l’accord d’Eisenhower. La manœuvre est rapide, efficace. Le 24 au soir, des éléments de reconnaissance de la 2e DB franchissent la porte d’Orléans. Ils sont acclamés par la foule, couverts de fleurs.



Les chars de la 2ème DB entrent dans Paris

Le 25 août au matin, le général von Choltitz, commandant de la garnison allemande, se rend aux autorités françaises. Deux jours plus tôt, Hitler lui avait ordonné de détruire la ville. Il a refusé. Dans les locaux de la préfecture de police, il signe la reddition de la garnison allemande. Paris est libéré.



Von Choltitz signe la reddition de la garnison allemande

La République sauvée par de Gaulle

Le soir même, De Gaulle est à Paris. À l’Hôtel de Ville, il prononce un discours sobre et ferme, qui restera dans l'histoire :

"Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré !"

Il insiste ensuite : 

"Libéré par son peuple, avec le concours des armées de la France"

Il rend hommage au peuple parisien, à la Résistance, aux forces françaises, mais surtout, il affirme sans ambiguïté que la France s’est libérée elle-même. De Gaulle refuse l’idée que la France soit une nation vaincue puis libérée par des puissances étrangères. Il impose l’image d’un peuple qui s’est battu pour sa libération, une vision qui deviendra la pierre angulaire du récit national d’après-guerre.


Le lendemain, le général descend les Champs-Élysées, à pied, sous les acclamations. Derrière lui, des soldats de la 2e DB, des FFI, des policiers en uniforme, des civils en liesse. C'est tout Paris, c'est toute la France qui défile, qui le suit. Devant l'adhésion populaire massive, de Gaulle s’impose immédiatement comme le chef du gouvernement provisoire, sans demander la permission aux Alliés. 



De Gaulle descend les Champs-Élysées

En quelques heures, De Gaulle a repris le contrôle de la capitale, empêché l’installation de l'administration militaire américaine, canalisé l’insurrection socialiste, et affirmé la continuité républicaine. 

L'État français a retrouvé sa souveraineté et compte dès à présent reprendre la guerre contre l'Allemagne nazie. De Gaulle ne présente pas la France comme un pays libéré, mais un pays revenu parmi les vainqueurs, grâce à sa propre action, à sa Résistance, à ses soldats. Pour appuyer cette vision, il va engager la France aux côtés des alliés dans la libération du reste de l'Europe. 



Des français s'engagent dans l'armée.

Terminer la libération : le Rhin, et au-delà

Après la libération de Paris, les opérations militaires se poursuivent sur tout le territoire. Dans le nord, l’est, le centre et le sud-ouest, de nombreuses villes restent encore sous occupation allemande, parfois violemment défendues. La progression est rapide dans certaines zones, plus lente dans d'autres.

Les troupes alliées libèrent Dijon, Lille, Nancy, Metz, avec l’appui des maquis et des FFI. En Alsace, les combats sont durs : les unités allemandes retranchées, connaissant le terrain, opposent une résistance farouche.



Chars américains, sous la neige d'Alsace.

Le moment fort de cette phase est la libération de Strasbourg, le 23 novembre 1944, par la 2e DB du général Leclerc. L’événement est hautement symbolique : la libération du territoire national est achevée.



Leclerc passe ses troupes en revue après la prise de Strasbourg

Mais la guerre n’est pas terminée. À partir de décembre, les armées françaises franchissent les frontières et pénètrent en Allemagne. La 1re armée française, commandée par de Lattre de Tassigny, participe activement aux opérations contre le sud du Reich, en coordination avec les troupes américaines.

La 2e DB avance vers la Bavière et prend Berchtesgaden. Au sommet du Berghof, la célèbre villa d'Hitler, les soldats hissent un drapeau français.



Des soldats alliés se tiennent devant la fenêtre du Berghof, d'où Hitler a dominé l'Europe.

Cette présence militaire française en territoire ennemi n’est pas seulement symbolique. Elle permet à la France, en mai 1945, d'obtenir une zone d’occupation en Allemagne, au même titre que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’URSS.

Cette zone comprendra notamment une partie de la Rhénanie et du Bade-Wurtemberg. La France, exclue en 1940, revient parmi les puissances victorieuses par la force des armes.



Carte : la partition de l'Allemagne et les zones d'occupation en 1945.

À la fin de 1944, le territoire est libéré, mais tout reste à rebâtir. Maintenant que la paix est acquise, il faut réorganiser l'État, créer des institutions, écrire une constitution...

La reconstruction politique commence. 



Quiz de révision

-Le président américain Roosevelt
-Le premier ministre britannique Churchill
-Le dictateur soviétique Staline
C'est le 6 juin 1944.
En Provence.
Vrai ! Par la résistance et le 2ème DB de Leclerc.
Vrai ! Il affirme ainsi la légitimité de la France Libre et écarte l'idée d'une tutelle américaine.