1941 : l'opération Barbarossa



Le 22 juin 1941, à l’aube, trois millions de soldats allemands franchissent la frontière soviétique sur près de deux mille kilomètres. Jamais dans l'histoire une armée n’avait lancé une offensive d’une telle ampleur. 

Hitler croit jouer sa partie décisive : abattre en quelques semaines l’Union soviétique, conquérir ses terres, réduire son peuple en esclavage et détruire le "bolchevisme juif". Staline, surpris, vacille, sonné par ce coup de tonnerre, tandis que ses armées, mal préparées, s’effondrent sous l'élan de la Blitzkrieg. Mais ce choc, n'est que le commencement d'une longue campagne.

À l’été 1941 commence le duel titanesque entre Hitler et Staline. L’invasion va ouvrir une guerre d’une brutalité sans précédent, dans laquel deux empires et deux systèmes s’affrontent autant pour leur survie, que pour l'avenir de l'Europe.

Contexte et préparatifs : un choc annoncé

Le projet de Hitler : la guerre comme fatalité

L’opération Barbarossa ne fut pas seulement une campagne militaire classique, mais l’aboutissement d’un projet idéologique formulé bien avant 1941. Dans Mein Kampf, dès 1925, Hitler définit l’Est comme le «Lebensraum» — l’«espace vital» nécessaire à l’expansion de la nation allemande.

Cette expansion n’est pas seulement géopolitique : elle est conçue comme un acte racial. Selon le projet fanatique des nazis, le peuple allemand est déstiné à coloniser l'Europe de l'Est. 

Les slaves, qualifiés de «sous hommes», sont voués à l’asservissement ou à l’élimination, tandis que les Juifs ashkénazes, très présents dans la région, doivent être méthodiquement exterminés.



Dans l'imaginaire de Hitler, la race aryenne était destinée à s'étendre pour dominer le monde.

​Ce projet territorial était indissociable de l’anticommunisme viscéral d’Hitler. Pour lui, le marxisme était une «conspiration juive», qui menacait la civilisation européenne. L'Union Soviétique incarnait un antagoniste idéologique qu'il fallait détruire.

Poussé par ses projets de conquête territoriale et de destruction du socialisme, le Führer regarde donc irrémédiablement vers l'Est. La guerre contre l'URSS en 1941 n'a rien d'un choix stratégique : elle était inscrite dès le départ dans le projet idéologique nazi.

Le pact germano-soviétique : une alliance contre nature

Pourtant, le 23 août 1939, le monde apprend avec stupéfaction la signature du pacte germano-soviétique. Officiellement, il s'agit d’un simple traité de non-agression. En réalité, un protocole secret en fixe les clauses du partage de la Pologne.



Des soldats russes et allemands pactisent à Lublin après l'invasion de la Pologne. Dans moins de deux ans, ils s'entretueront.

Paradoxal sur le plan idéologique, le traité répondait pourtant aux objectifs stratégiques immédiats des deux partis :

Militairement, Hitler assure la sécurité de sa frontière pendant qu'il mène la guerre à l'Ouest. Économiquement, l'accord permet à l’Allemagne d'importer des quantités massives de matières premières.

Entre 1939 et 1941, l'URSS devient le premier partenaire commercial du Reich, exportant vers l'Allemagne céréales, pétrole, acier, coton... Un apport vital pour soutenir l'effort de guerre nazi et contourner le blocus britannique. Paradoxalement, au moment même où Hitler préparait l’invasion de l’URSS, il dépendait des ressources de son futur ennemi.



Le ministre soviétique des affaires étrangères, Viatscheslav Molotov (à gauche) rencontre son homologue allemand Ribbentrop à Berlin, en 1940. 

Pour l'Union Soviétique, le pacte avait une autre fonction : gagner du temps. L’armée soviétique sortait exsangue des purges de 1937-1938, qui avaient décimé son haut commandement. Les accords avec Berlin offraient un répit indispensable pour moderniser l’Armée rouge et renforcer l'industrie de guerre.

Staline cherche à repousser l’échéance d’un affrontement avec le régime nazi, qu’il sait pourtant inévitable.


Préparation de l’offensive

L’été 1940 marque un tournant. Après une guerre éclaire, l'Allemagne neutralisé la France et contraint la Grande-Bretagne à se retrancher derrière la Manche. Hitler domine le continent.

La Wehrmacht, qui a écrasé la France en 6 semaines, paraît invincible. Pour Hitler, la situation est idéale : frapper à l’Est avant que la Grande-Bretagne, isolée, ne puisse reconstituer une coalition.



Carte : l'Europe de 1941, dominée par l'Allemagne

Au printemps 1941, l'armée allemande prépare la plus vaste opération militaire de l’histoire : trois millions de soldats, 600 000 véhicules, plus de 3 500 chars, 3 000 avions se massent à la frontière soviétique. L’efficacité de la Blitzkrieg, éprouvée en Pologne et en France, doit écraser l’ennemi par la vitesse et l’encerclement.

L’Armée rouge, sur le papier, est un géant. Plus de 5 millions d’hommes, 20 000 chars, 10 000 avions. Mais une large partie de ce matériel est obsolète, et le commandement a été décapité par les purges staliniennes de 1937-1938. Des milliers d’officiers expérimentés ont été fusillés. Les états-majors sont désorganisés et incompétents. L’armée soviétique apparaît comme un colosse aux pieds d'argile. Hitler déclare :

 «Il suffira de donner un coup de pied dans la porte, et toute la structure pourrie s’écroulera»



Hitler entouré de généraux

Le plan allemand est simple et brutal : 

  • Écraser l’Armée rouge dans les premières semaines, avant qu’elle puisse se replier.
  • Détruire le régime en prenant Moscou avant l’hiver.

  • Faire main basse sur les ressources d'Ukraine et le pétrole du Caucase pour alimenter l'effort de guerre.

Trois groupes d’armées doivent avancer de front :

  • Le Groupe Nord vers Leningrad, pour couper la Baltique.
  • Le Groupe Centre vers Moscou, pour décapiter l'autorité centrale.

  • Le Groupe Sud vers l’Ukraine, grenier à blé et poumon industriel.


Carte : le plan allemand initial.

Hitler joue le destin de l'Allemagne dans ce pari, car si l'URSS n'est pas écrasé dans les premiers mois, le Reich n'a pas les ressources pour supporter une guerre prolongée.

Alors qu'il croit engager une campagne éclair. Le dictateur déclenche en réalité une guerre totale, dont l’ampleur géographique, économique et humaine dépasse de loin les capacités de son armée et de son régime.



Hitler devant ses partisans

Derrière les objectifs militaire, un autre plan se met en place. Les Einsatzgruppen, unités spéciales de la SS, sont chargés d'exterminer les Juifs, les communistes, les "indésirables".

La consigne est donné aux soldats de ne faire aucun cas de la vie humaine. À terme, ces terres devront de toute façon être vidées, pour permettre la colonisation allemande. Hitler dit : 

«Dans la lutte à venir, il ne faut pas compter sur le respect des principes de l’humanité ou du droit international.»

La guerre contre l’URSS n’est pas seulement une guerre de conquête : elle est planifiée dès le départ comme une guerre d’extermination.



Des membres de l'Einsatzgruppen assassinent des civils, le sourire aux lèvres.

En face, Staline n’ignore pas le danger. Il connaît Hitler et sa haine. Mais il ne veut pas croire à une attaque immédiate. En 1940–1941, ses services secrets accumulent pourtant des rapports alarmants. L’espion Richard Sorge, basé à Tokyo, intercepte un télégramme allemand et avertit Moscou de la date précise de l’invasion. Les Britanniques transmettent également leurs renseignements.

Mais le dictateur ne veut rien entendre. Il interdit à ses généraux de prendre des mesures défensives, qui pourraient être interprêtées par Hitler comme une provocation. Quelques jours avant l'opération, des sympatisants socialistes désertent la Wehrmacht pour avertir les russes d'une offensive imminente. Staline les fait fusiller. 

Son aveuglement coûtera très cher à l'URSS, poussant la confédération au bord du gouffre dès les premières semaines de guerre.


L’attaque : la plus vaste invasion de l’histoire

22 juin 1941 : le choc initial

À l’aube du 22 juin 1941, sans déclaration de guerre, la Wehrmacht franchit la frontière soviétique sur un front de près de 1 600 kilomètres. Trois millions de soldats allemands avancent avec plus de 600 000 véhicules, 3 500 chars et 3 000 avions. C’est la plus grande opération militaire jamais lancée.

L’attaque est foudroyante. Dans les premières heures, la Luftwaffe détruit plus de 1 800 avions soviétiques, dont la majorité encore au sol. Les divisions blindées percent les défenses frontalières, contournent les poches de résistance et encerclent des divisions entières. En une journée, l’Armée rouge perd des milliers d’hommes, ses communications sont brisées, son état-major désorienté.



Un char allemand franchit le Boug, fleuve frontalier entre l'Allemagne et l'URSS.

À Moscou, Staline est sonné. Lui qui refusait jusqu’au bout de croire à une offensive allemande, il se mure dans le silence pendant plusieurs jours. Ses proches le décrivent hagard, incapable de prendre une décision. Le 29 juin, après la chute de Minsk, il murmure à Nikita Khrouchtchev : 

«Tout est perdu, Lénine a laissé un grand État, et nous l’avons gaspillé.»



Staline, dépité. 

La logique du Blitzkrieg

Les premières semaines confirment la supériorité tactique allemande. Le groupe d’armées Centre, lancé vers Minsk puis Smolensk, anéantit les forces soviétiques dans une série d’encerclements géants. Fin juin, 300 000 prisonniers sont capturés près de Minsk. En juillet, Smolensk tombe après un combat acharné : l'armée russe laisse encore 180 000 prisonniers.



Les soldats allemands entrent dans Minsk

Plus au sud, l’attaque sur Kiev atteint une ampleur inédite. En septembre, une manœuvre d’encerclement ferme la nasse sur 650 000 soldats soviétiques. C’est la plus grande capture de prisonniers de toute la guerre.

Les routes d’Ukraine sont saturées par les colonnes de prisonniers soviétiques, marchant vers l’arrière sous la garde de sentinelles allemandes. La faillite est totale. 



Des soviétiques se rendent aux allemands

La blitzkrieg allemande, combinant vitesse, surprise et manœuvres en tenaille, semble irrésistible. Les blindés foncent, soutenus par l’aviation. Les fantassins suivent et occupent le terrain.

L’Armée rouge, désorganisée et mal commandée, recule sur des centaines de kilomètres. En trois mois, la Wehrmacht avance de 600 km à l’intérieur du territoire soviétique : un rythme que même Napoléon n’avait pas atteint en 1812.



Carte : l'invasion allemande

Le général Heinz Guderian, à la tête du deuxième groupe de panzer, traverse les vastes plaines de Biélorussie et d'Ukraine. Il écrit dans ses mémoires : 

«Nous roulions à travers des champs de blé mûrs, qui ondulaient dans le vent comme les vagues d’une mer.»

Pendant qu'il se laisse aller à la poésie, les escadrons de la mort nazis assassinent déjà, dans son sillage, des centaines de milliers d'innoncents.  



Des soldats avancent derrière un panzer

Mais ce succès apparent masque des failles. Les distances sont immenses et les routes souvent impraticables. La logistique allemande, pensée pour des campagnes brèves, commence déjà à montrer ses limites.

Les blindés avancent trop vite pour être correctement approvisionnés. L’idée d’une guerre éclair devient plus fragile à mesure que les kilomètres s’accumulent.



Guderian et ses blindés, à l'arrêt.

Une guerre d’anéantissement

Derrière les lignes de front, la brutalité atteint une échelle inédite. Barbarossa n’est pas seulement une campagne militaire : c’est une croisade idéologique, planifiée comme une campagne d’extermination.

Les prisonniers soviétiques, capturés par centaines de milliers, sont abandonnés dans des camps improvisés, sans abri ni nourriture. L’hiver venu, beaucoup meurent de froid, de faim ou d’épuisement. Sur les 5,7 millions de soldats soviétiques faits prisonniers pendant la guerre, 3,3 millions ne rentreront jamais.



Prisonniers russes

Les Einsatzgruppen, unités spéciales de la SS, suivent l’armée et procèdent à des massacres systématiques. Leur mission : éliminer les Juifs, les cadres communistes, et tout ceux qui s'opposent à l'occupant. Les villages de Biélorussie, d’Ukraine et des pays baltes deviennent les premiers théâtres de la Shoah par balles.

En quelques mois, des centaines de milliers de Juifs sont fusillés dans des fosses communes, souvent avec la participation d'auxiliaires locaux, anticommunistes ou antisémites. L’un des massacres les plus abominables est celui de Babi Yar, près de Kiev, où 33 771 Juifs sont exécutés en deux jours, fin septembre 1941.



Des juifs sont fusillés par les Einsatzgruppen. À Babi Yar, les corps s'entassent dans un fossé sur plusieurs mètres de hauteur. Des femmes, des enfants, des vieillards, des êtres humains, ne sont plus que des corps inertes, qui s'accumulent les uns sur les autres.

Les allemands se montreront impitoyables, massacrant des millions de personnes avec un zèle terrifiant. Comment une telle barbarie a-t-elle été rendue possible ?



Une femme, protégeant son enfant, est abbatu d'une balle dans la nuque.

Au cours de l’été 1941, l’armée allemande semble invincible. Mais à mesure qu’elle progresse, elle s’enfonce dans un territoire sans fin, face à un adversaire qui, malgré des pertes colossales, continue de se battre.

Car l’Armée rouge, loin de s’effondrer comme l’avait prévu Hitler, se replie, se recompose, et prépare déjà une défense désespérée autour de Moscou.


Staline dos au mur : Moscou, le premier échec d’Hitler

Été–automne 1941 : l’URSS au bord du gouffre

À l’été 1941, tout laisse croire à une victoire totale de l’Allemagne. Les armées soviétiques sont balayées : Minsk, Smolensk, puis Kiev tombent, livrant des centaines de milliers de prisonniers. Au nord, Leningrad est encerclée et condamnée au siège. L’Armée rouge recule sans fin, ses pertes dépassent déjà plusieurs millions d’hommes. Pourtant, malgré cette avalanche de défaites, l’URSS tient encore.

Au sein de l’état-major allemand, une question divise. Pour les généraux, la logique est claire : foncer sur Moscou, centre politique et logistique de l’URSS. Mais Hitler impose une autre priorité : s’emparer de l’Ukraine et de ses ressources, au prix d’un détournement de l'armée vers le sud.

La gigantesque victoire de Kiev (650 000 prisonniers) confirme son intuition tactique, mais retarde de plusieurs semaines l’offensive sur Moscou. L’été s’achève, et avec lui la promesse d’une guerre courte.



Hitler étudie les plans avec son état-major.

À mesure que la Wehrmacht progresse, sa logistique se désarticule. Les voies ferrées doivent être reconstruites, ce qui retarde le ravitaillement. Les camions, trop peu nombreux et trop fragiles, tombent souvent en panne. 

De plus, l’Armée rouge, en se repliant, pratique la politique de la terre brûlée : dépôts incendiés, rails dynamités, villages évacués. Chaque kilomètre gagné affaiblit l’assaillant

À partir d’octobre, c'est la raspoutitsa : des pluies torrentielles transforment les routes de terre en véritables mares de boue.

Les colonnes blindées, jadis rapides, s'embourbent et ne progressent plus que de quelques kilomètres par jour. La Luftwaffe ne peut plus opérer efficacement : les terrains d'aviation sont noyés. Le Blitzkrieg, conçu pour la vitesse, s’enlise dans la glaise



Une voiture allemande est prise dans la boue.

Côté russe, Staline, après des jours de silence, se ressaisit. Le 3 juillet, il s’adresse à la population dans un discours mythique, où il appel à la résistance face à l'invasion fasciste. 

À son initiative, le pays entier se mobilise. Il dispose d'un avantage considérable : depuis les réformes des années 1930, l'industrie et l'agriculture sont dirigés par l'État soviétique, totalement soumis à Staline. L'entièreté de la société peut ainsi être contrôlé et conduite selon les besoins du pays.

Les usines de Biélorussie et d'Ukraine sont démontées et transférées à l'Est, vers l’Oural. De nouvelles armées sont reconstituées, grâce à des conscriptions massives. Les premiers chars T-34 et KV-1 apparaissent en nombre, surprenant les Allemands par leur blindage et leur mobilité.



Des chars T-34 sortent d'une usine de l'Oural, fin 1941.

À l'automne, l’ennemi ne s’effondre pas : il se recompose. La victoire allemande reste possible, mais elle n’est plus acquise. La marche sur Moscou commence avec plusieurs semaines de retard, dans la boue, et face à un adversaire qui résistera coûte que coûte.

La marche sur Moscou : opération Typhon

Le 2 octobre 1941, l’opération Typhon est déclenchée. C’est le coup de grâce que Hitler veut porter à l’Union soviétique : détruire ce qu’il reste de l’Armée rouge, puis entrer à Moscou avant l’hiver. Confiant, il promet à ses généraux une victoire rapide, persuadé que l’URSS est à bout de souffle. Et de fait, les premières semaines semblent lui donner raison.



Chars allemands

À l’ouest de Moscou, les blindés allemands réalisent une série d’encerclements gigantesques autour de Viazma et Briansk. En quelques jours, plus de 600 000 soldats soviétiques sont capturés, des milliers de canons et de chars détruits.

C’est un nouveau désastre pour l'Armée Rouge, qui laisse la route de Moscou grande ouverte. Pour l’état-major allemand, la chute de la capitale n’est plus qu’une question de temps.



L'avancée allemande

À Moscou, la nouvelle de la catastrophe provoque un mouvement de panique. Les ministères et les administrations sont évacués vers l'Est. Dans les rues, on creuse des tranchées, on érige des barricades, on arme les ouvriers et les adolescents. La ville se prépare à un siège qui semble imminent.

Alors que la plupart des cadres soviétiques évacuent la ville, Staline décide de rester. Le 7 novembre 1941, pour le 24ème anniversaire de la révolution, il apparaît depuis le mausolé de Lénine pour observer le traditionnel défilé de l'Armée Rouge. Lui qui a balayé la Russie des Tsars, il convoque les grands généraux de l'histoire russe, dans un discours éminemment patriotique : 

«Que vous inspire l’image de nos grands ancêtres : Alexandre Nevski, Dmitri Pojarski, Mikhaïl Koutouzov !»



Des soldats défilent sur la Place Rouge, alors que l'armée allemande est aux portes de Moscou.

Les forces allemandes commencent à s’essouffler. Les blindés tombent en panne, faute de pièces et de carburant, les fantassins sont épuisés, et les pertes humaines sont lourdes : plus de 750 000 hommes depuis le début de la campagne.

Dans le même temps, l’Armée rouge se recompose sans cesse. Staline jette dans la bataille des unités formées à la hâte ; elles se font décimer, mais retardent l’avance ennemie. Ce sacrifice de masse offre à Moscou de précieuses semaines de sursis.



Des soldats russes se battent dans la neige.

À cela s’ajoutent les conditions météorologiques. Dès novembre, les premières neiges couvrent le front. Les soldats allemands, vêtus pour une campagne d’été censée s’achever depuis longtemps, n’ont ni manteaux d’hiver, ni bottes fourrées, ni abris adaptés. Le froid mord les corps et bloque les machines : le carburant gèle dans les réservoirs. 

Début décembre, les avant-gardes allemandes atteignent la périphérie de Moscou. Par temps clair, les flèches du Kremlin sont visibles à la jumelle. Mais ce symbole est trompeur : les divisions sont exsangues, la logistique saturée, l’offensive épuisée. Après cinq mois de campagne, la Wehrmacht, victorieuse sur tous les fronts depuis 1939, découvre pour la première fois qu’elle ne peut plus avancer. Moscou, qui semble à portée de main, est inatteignable.



Les allemands avancent dans la neige. La Wehrmacht, mal ravitaillé, mal équipée pour l'hiver et affaiblie par les pertes humaines, n'a plus les capacités de prendre Moscou.

Le sursaut soviétique et la première défaite allemande

Début décembre 1941, la Wehrmacht est arrivée au bout de son élan. Ses unités avancées ne sont plus qu’à une trentaine de kilomètres de Moscou, mais la capitale soviétique reste hors de portée.

En face, l’Union soviétique a tenu. L’Armée rouge subit des pertes sont effroyables -presque 5 millions d'hommes depuis juin- mais elle renouvelle sans cesse ses effectifs. 

Staline, informé par ses services de renseignement que le Japon n’attaquera pas en Extrême-Orient, transfère vers Moscou ses meilleures divisions sibériennes, parfaitement équipées pour combattre dans la neige.



Soldats sibériens en tenue de camouflage

Le 5 décembre, les russes passent à la contre-offensive. Près d’un million d’hommes, appuyés par les blindés T-34 et soutenus par une artillerie abondante, frappent les flancs épuisés de la Wehrmacht. L’effet est immédiat : les Allemands, surpris, doivent battre en retrait sur des dizaines de kilomètres. Jusqu'à la fin janvier, ils reculent de plus de 150 kilomètres et laissent 350 000 hommes derrière eux.  Moscou est sauvé.

​La bataille de Moscou ne met pas fin à l’invasion, mais elle marque un tournant. La guerre éclair s’achève dans la neige, et laisse place à une guerre d'usure.  Sur le plan psychologique, elle détruit le mythe de l’invincibilité allemande, et devient un symbole de la résistance soviétique. 



Des soldats russes avancent dans la neige. La bataille se déroule sous des températures extrêmes, descendant jusqu'à -30 degrés.

Conclusion

L’opération Barbarossa bouleversa la nature même de la Seconde Guerre mondiale. Alors qu'il espérait détruire l’URSS en quelques semaines, Hitler ouvrit un front gigantesque qu’il n’avait pas les moyens de contrôler. La Wehrmacht, jusque-là invincible, se heurta à la profondeur du territoire soviétique et à une résistance qu'elle n’avait pas anticipée.

Ce basculement transforma le conflit. La blietzkrieg laissa place à une guerre d’attrition, où l’économie et la logistique comptaient autant que les manœuvres tactiques. L’URSS, en mobilisant toutes ses ressources, semblait prête à une lutte de longue durée. L’Allemagne, elle, venait de s'enfermer dans une guerre totale qu’elle ne pouvait gagner face à un adversaire démographiquement et industriellement supérieur.

Le duel Hitler–Staline devint une lutte pour la survie de deux empires idéologiques antagonistes, dont l’issue allait décider de l’avenir du continent.



Quiz de révision

Faux ! Hitler veut réaliser son projet idéologique :
-Étendre l'Allemagne
-Écraser le "judéo-bolchevisme"
-L'efficacité de la Blitzkrieg allemande
-La purge des officiers par Staline en 1937
-Le manque de préparation défensive
Faux ! Les usines sont déplacées et la production reprend rapidement, grâce à la planification soviétique
Vrai ! À cause des distances, le ravitaillement peine à suivre.
Faux ! Elle est exténuée, mal équipée pour l'hiver et mal ravitaillée.
Elle s'apprête à craquer face à la contre offensive de Joukov.