1939 : le retour de la Guerre en Europe



Le 1er septembre 1939, les troupes allemandes envahissent la Pologne. Deux jours plus tard, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne. Vingt ans après la fin de la Première Guerre mondiale, l’Europe plonge dans une guerre plus vaste, plus brutale, plus systématique encore. Comment en est-on arrivé là ?

La Seconde Guerre mondiale n’éclate pas comme un orage imprévu. Les démocraties occidentales, par leur inaction face aux provocations allemandes, ont affaibli l’équilibre européen et encouragé Hitler à la violence.

La guerre qui s'apprête à éclater ne ressemblera en rien à la denrière. C’est une guerre mobile, brutale, mécanisée : la Blietzkrieg. La Wehrmacht s’apprête à déferler sur l’Europe comme un orage d’acier, et à faire connaître au vieux continent, ses heures les plus sombres.

Le déclenchement de la guerre

L’Europe au bord de l’explosion

À la fin des années 1930, l’Europe est politiquement instable. Le traité de Versailles (1919), qui devait garantir un nouvel équilibre européen pour les siècles à venir, comme avaient pu le faire les traités de Vienne ou de Westphalie, n'a jamais été respecté. 

Critiqué, accusé et contourné par l'Allemagne, le traité n'est pas défendu par les démocraties qui, traumatisées par les massacres de la Grande guerre, refusent de recourir à la force pour le faire respecter.

Exploitant la faiblesse des démocraties, Adolf Hitler, arrivé légalement au pouvoir en 1933, entame un processus de remilitarisation et d'expansion de l'Allemagne.



Adolphe Hitler salue la foule 

Le pays se réarme, réoccupe la Rhénanie (1936), annexe l’Autriche (Anschluss, 1938). La France et l'Angleterre, malgré les multiples violations des clauses du traité de Versailles, ne prennent aucune mesure contre l'Allemagne.

Pire, à la conférence de Munich, en 1938, elles donnent leur aval à l'annexion des Suèdes, sacrifiant leur propre allié Tchécoslovaque. 



L'expansionnisme allemand dans les années 1930. 

Suivant la doctrine de l'apeasement, promu par le premier ministre britannique Neville Chamberlain, les démocraties pensent pouvoir éviter la guerre en faisant des concessions à l'Allemagne.  

À son retour de Munich, où il a laissé Hitler dépecer la Tchécoslovaquie, Chamberlain brandit fièrement les accords qu'il vient de signer avec la dictature nazie. Il annonce avoir gagné la paix pour plusieurs générations. 



Chamberlain expose les accords de Munich, dans lesquelles Hitler promet que les Sudètes sont sa dernière revendication territorial en Europe.

En sacrifiant les Sudètes, le ministre pense ainsi acheter la paix.

Pourtant, certains ont compris qu'il est vain et inconscient de faire confiance à une dictature totalitaire. Si Hitler a balayé le traité de Versailles, qu'est ce qui l'empêchera d'en faire de même avec ces nouveaux accords ? 

Alors que son pays salue la signature des accords de Munich, le britannique Winston Chruchill, lucide, déclare : 

"Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre."

En effet, à peine six mois plus tard, en mars 1939, Hitler envahit la Bohême au mépris des promesses faites à Munich.

La politique de "l'appeasement" a lamentablement échoué devant la force brute de Hitler. Fini les concessions, les démocraties dressent à présent une limite claire : si l'Allemagne s'attaque à la Pologne, elles entreront en guerre. 



L'armée française défile, le 14 juillet 1939. Elle apparaît encore, à la veille de la guerre, comme l'une des meilleures du monde.

Mais il est trop tard, Hitler, grisé par ses succès, a déjà préparé la suite. En août, il conclut avec Staline le pacte germano-soviétique, un accord de non-agression comportant un protocole secret : le partage de la Pologne. 

L'invasion de la Pologne (1er septembre 1939)

Le 1er septembre 1939, à l’aube, l’Allemagne lance l’invasion de la Pologne. Pour justifier cette agression, les SS montent une fausse attaque polonaise contre une station radio allemande à Gleiwitz — un scénario grotesque qui ne trompe personne.



Des soldats allemands brisent la barrière d'un poste-frontière polonais.

La campagne de Pologne est le premier véritable test de la doctrine militaire allemande moderne.

La Wehrmacht y engage plus d’un million d’hommes, appuyés par plus de 2 000 chars et 1 300 avions. Dès les premières heures, l’aviation bombarde les aérodromes et les nœuds ferroviaires, tandis que les divisions blindées progressent rapidement en Pologne.

C'est la Blietzkrieg : des divisions motorisées, soutenues par l'aviation, percent le front et avancent rapidement derrière les lignes ennemis, destabilisant ainsi leur organisation et leur ravitaillement. 



Des blindés allemands avancent en Pologne.

La Pologne se défend vaillamment, mais l'écart entre les deux armées est trop grand : les allemands disposent de cinq fois plus d'avions, de quatre fois plus de chars, et leur matériel est de bien meilleurs qualité.

La Wehrmacht obtient également un avantage décisif dans la communication. L'usage généralisé de la radio, dont tout les chars allemands sont équipés, permet une meilleur coordination entre les différents corps d'armée : une division panzer en difficulté, par exemple, peut demander très rapidement des renforts ou un soutien aérien. 



Au sommet du Panzer, un opérateur radio

Le 17 septembre, l’URSS envahit à son tour la Pologne par l’est, conformément au pacte avec l’Allemagne. C'est le coup de grâce. 

Varsovie, assiégé pendant plus d'un mois, tombe le 28 septembre. Durant cette periode de résistance héroïque, la capitale a subi des bombardements intensifs qui visaient délibérément des cibles civiles, dans le but de décourager la population.

C'est l'un des premiers actes de l'impitoyable guerre totale qui sera mené par les allemands jusqu'en 1945, et qui fait des populations civiles des cibles tout à fait légitimes.



Un enfant dans les ruines de Varsovie.

Le 6 octobre 1939, toute la Pologne est occupée. La France et le Royaume-Uni, qui ont pourtant déclaré la guerre à l'Allemagne dès le 3 septembre, ne sont pas intervenus, abandonnant la Pologne à son sort. 

Campés derrière la ligne Maginot, fidèles à leur stratégie défensive, les alliés refusent de prendre l'initiative et préfèrent attendre l'offensive allemande, qu'ils pensent pouvoir arrêter. Alors que Varsovie tombe à l'Est, à l'Ouest commence la "drôle de guerre" : huit longs mois durant lesquelles les troupes alliés attendent à la frontière, pendant que l'armée allemande prépare calmement son invasion.


Offensives à l’Ouest

L’attaque du nord (avril–mai 1940)

Après la conquête de la Pologne, l’Allemagne se tourne vers l’Ouest. Mais avant de frapper la France, Hitler veut sécuriser son approvisionnement en fer suédois, indispensable pour soutenir la guerre industrielle.

Il lance, le 9 avril 1940, l’opération Weserübung, une campagne éclair contre le Danemark et la Norvège qui doit sécuriser la facade atlantique, et donc l'approvisionnement en fer. 

Le Danemark est envahi et capitule en six heures, grâce à l'efficacité des troupes aéroportées allemandes.



Atterissage de parachutistes allemands

En Norvège, la résistance est plus marquée, notamment autour du port stratégique de Narvik. Malgré les renfort envoyés par les Alliés, la Norvège capitule à son tour, le 10 juin 1940.



Soldats britanniques, dans les rues de Narvik.

Le 10 mai 1940, l’Allemagne lance son offensive à l’ouest. Le plan repose sur un immense coup de bluff. Les allemands vont feindre une attaque par la belgique, comme en 1914, pour y attirer les troupes franco-britanniques. Puis, une fois que les armées alliées seront remontés vers le nord, les divisions motorisées vont percer par les ardennes pour couper le front en deux, et les encercler en Belgique.

En juin 1940, les forces allemandes entrent ainsi aux Pays-Bas et en Belgique. Face à la menace, les troupes alliées montent rapidement vers le nord. C’est ce qu’Hitler attendait.



Carte : l'offensive allemande. En vert, la forêt des Ardennes

La percée par les Ardennes (13–21 mai)

Tandis que les Alliés s’engagent massivement en Belgique, sept divisions blindées allemandes — menées par les généraux Guderian et Rommel — s’engouffrent dans les Ardennes, une région peu défendue, car considérée par les Français comme impraticable pour les blindés. Les panzers s'y frayent pourtant un chemin.



Les panzers allemands s'extirpent de la forêt des Ardennes

Le 13 mai, les Panzers atteignent la Meuse et franchissent le fleuve à Sedan. C'est dans cette ville que Napoléon III, battu par les prussiens en 1870, s'était rendu à Bismarck, consacrant la naissance du Reich allemand. L’histoire semble se répéter.

Les Allemands exploitent leur avance sans attendre. Les colonnes de Panzer avancent de jour comme de nuit. Les équipages des chars sont dopés à la Pervitin, un dérivé de la méthamphétanie, qui les maintient éveillés pendant des jours. 



Une colonne de panzers traverse un village français

Le 21 mai, les blindés de Guderian atteignent la Manche à Abbeville. En seulement huit jours, les divisions motorisées allemandes ont traversé les Ardennes, percé la ligne française, rejoint la Manche, et pris au piège les armées alliées de Belgique dans une énorme poche autour de Lille, Dunkerque et la côte flamande. 



Carte : les troupes alliées encerclées

L'opération Dynamo (26 mai – 4 juin)

La situation des forces franco-britanniques encerclées devient critique. L’aviation allemande frappe sans relâche. Les unités alliées sont complètement désorganisées et privées de ravitaillement. Pour sauver son armée, l'état major britannique décide d'organiser l'évacuation.

Après la chute de Calais, Dunkerque devient la seule issue vers la mer. S’amorce une opération de sauvetage désespérée : l’opération Dynamo. Du 26 mai au 4 juin, depuis les plages de Dunkerque plus de 330 000 soldats alliés sont évacués vers l’Angleterre.



Des soldats britanniques ouvrent le feu sur des avions allemands, qui les mitraillent à basse altitude.

Durant toute la durée de l'opération, la Luftwaffe va bombarder la plage et les navires alliés.



La longue file d'attente avant de pouvoir embarquer.



Un navire français est coûlé pendant l'évacuation

L'évacuation est chaotique : chalutiers civils, remorqueurs, et même petits bateaux de pêche sont mobilisés aux côtés de la Royale Navy pour participer à l'évacuation, tandis que sur la terre, des divisions françaises défendent la ville coûte que coûte pour gagner le plus de temps de possible.

L'opération est un succès : presque tout le corps expéditionnaire britannique est rapatrié. En conservant ses soldats, le Royaume-Uni sera en mesure de continuer la guerre, même après la capitulation de la France. 



Après l'évacuation, corps et matériel sont laissés par les alliés derrière eux.

La débâcle française

La bataille de France (juin 1940)

Après la réduction de la poche de Dunkerque, le 5 juin 1940, l’offensive allemande reprend sur l'ensemble du front. Cette fois, les divisions blindées visent le cœur de la France.


Les lignes de défense improvisées sont balayées une à une. L’armée française tente de se réorganiser, mais elle n'a plus ni cohésion, ni cohérence. Sa chaîne logistique est rendue inopérante par la Blietzkrieg : munitions et carburant viennent à manquer, tandis que les ordres ne sont plus transmis.

Le commandement est débordé, ou plutôt dépassé. Devant la faillite absolue de la bataille de France, il apparaît que les doctrines de l'armée françaises étaient complètement inadaptées à une guerre moderne. L'historien Marc Bloch, témoin du désastre de 1940, décrit l'état d'esprit des généraux français :

«Nos chefs étaient incapables d’imaginer la guerre autrement que sous la forme qu’elle avait eue de 1914 à 1918.»

Le colonel de Gaule, dans "La France et son armée", publié en 1938, le complète dans un passage prophétique : 

«Une armée figée dans les souvenirs de la dernière guerre est une armée condamnée.»



Char français abandonné, capturé par les allemands.

Contrairement à la doctrine allemande, qui misait sur des divisions blindées rapides, la stratégie française utilisait les chars de manière dispersée, pour la défense ou le soutien à l'infanterie. 

Pour communiquer les ordres, l'armée française utilise encore des estafettes à moto, quand les allemands, eux, s'appuient largement sur la radio.

La lenteur de la communication française contraste gravement avec la rapidité de l'avancée allemande : le temps qu'un ordre de l'état major parvienne jusqu'au régiment concerné, la situation a changé, et les allemands sont déjà 20 ou 30 kilomètres plus loin !  

Le poète français Antoine de Saint-Exupéry, auteur du Petit Prince, est pilote de reconnaissance en 1940. Il écrit :  

«Nous étions une armée de dormeurs brusquement réveillés par le tonnerre.»



Un Panzer allemand

Les villes tombent les unes après les autres : Reims, Amiens, Paris, Tours, Orléans… L’armée allemande progresse par tous les axes.

Le 14 juin, Paris est livré sans combat. Le gouvernement l'a déclarée ville ouverte, pour éviter qu'elle ne subisse le même sort que Varsovie ou Rotterdam, que les allemands ont bombardé sans pitié.



Carte : l'avancée allemande.

Sur les routes, les français sont des millions à fuir l'avancée allemande : c’est l’exode. En juin, entre 6 et 8 millions de civils prennent la route vers le sud avec enfants, bétail, valises et charrettes.

Ils deviennent des cibles faciles pour la Luftwaffe, qui mitraille ces grands cortèges de, suivant la doctrine allemande de guerre psychologique déjà appliquée en Pologne et aux Pays-Bas. Le but : terroriser et décourager la population ennemie. Un témoin décrit ces attaques criminelles : 

«Des avions allemands mitraillaient les colonnes de charrettes, d’autos, de piétons. Ce n’était plus la guerre, c’était la chasse.»



Une famille prend la route.

La bataille de France est un désastre. En moins de six semaines, la France a perdu :

  • Plus de 90 000 soldats tués.
  • 1,8 million de prisonniers.
  • Une grande partie de son matériel, abandonné sur le terrain.

Plus rien ne semble pouvoir arrêter les allemands. Le pays est au bord du gouffre.



Char français abandonné



Colonne de prisonniers

Chute politique et armistice

Le gouvernement français, après avoir fui Paris pour Tours, puis Bordeaux, est divisé. Le président du Conseil, Paul Reynaud, souhaite poursuivre la lutte depuis l’Afrique du Nord. Mais une autre ligne, incarnée par le maréchal Philippe Pétain, prône l’arrêt des combats pour «éviter le chaos et l’anéantissement».

Le 16 juin, Reynaud démissionne. Pétain est nommé chef du gouvernement. Le lendemain, il demande l’armistice, comme il l'annonce aux français dans un discours solennel :

«C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat.»



Pétain prononce un discours radiodifusé

Le 22 juin 1940, l’armistice est signé avec l’Allemagne à Rethondes, dans le même wagon où avait été signé l’armistice de 1918 — sur ordre d’Hitler, qui tient là sa revanche symbolique. 



La signature de l'armistice

L’armistice prévoit :

  • La division de la France en deux zones : une zone occupée au nord et à l’ouest, incluant Paris, et une zone dite "libre", au sud, administrée depuis Vichy.

  • Le désarmement de l’armée française, réduite à une force symbolique.
  • L’obligation de remettre les réfugiés allemands ou autrichiens (y compris juifs) aux autorités nazies.

La IIIᵉ République s’effondre dans la confusion et la résignation. Le régime de Vichy prend sa place, inaugurant une ère de collaboration politique et idéologique avec le régime hitlérien.



Partition de la France en 1940.

Hitler maître de l’Ouest, Churchill seul

En juillet 1940, l’Europe occidentale est sous domination allemande. Seuls quelques pays — la Suisse, le Portugal, la Suède — conservent une neutralité fragile. Les nazis contrôlent un territoire qui s’étend de Narvik à Biarritz. 

Face à Hitler, il ne reste plus que le Royaume-Uni, désormais seul en guerre. Churchill, devenu Premier ministre en mai, refuse catégoriquement toute négociation. Devant ceux qui songent à arrêter la guerre, devant la crainte d'un débarquement allemand en Angleterre, il déclare : 

«We shall fight on the beaches… we shall never surrender.»

- "Nous nous battrons sur les plages, dans les champs, dans les rues, nous ne nous rendrons jamais."



Winston Churchill

Hitler, convaincu que l’Angleterre fléchira à son tour, s’apprête à lancer l'opération Seelöwe : l’invasion des îles britanniques. Mais avant un tel projet, il doit assurer la suprématie de la Luftwaffe dans le ciel. Commence alors la bataille d’Angleterre, première grande campagne aérienne de l’Histoire moderne — et premier échec stratégique du IIIe Reich.

Conclusion

La campagne de France s’achève en à peine six semaines. Ce n’est pas seulement une défaite militaire, c’est un basculement historique. La Wehrmacht, en appliquant une doctrine fondée sur la vitesse et la mobilité, a pris de court une armée française encore ancrée dans la guerre précédente. Mais à l'effondrement du front, s’ajoute bientôt celui de l’État.

L’armistice du 22 juin consacre la domination allemande sur l’Europe continentale. La France est coupée en deux, placée sous surveillance. Une nouvelle réalité s’impose : celle de l’occupation, de la collaboration, et bientôt de la résistance.

Malgré la chute de la France, la guerre continue. À l’ouest, seule la Grande-Bretagne reste debout. Depuis Londres, Churchill refuse la défaite et prépare la défense de l'île.



Quiz de révision

L'invasion de la Pologne par les allemands, le 1er septembre 1939.
Faux ! La stratégie alliée est strictement défensive : ils attendent les allemands en Belgique et derrière la ligne Maginot
- Contourner la ligne Maginot
- Couper le front allié en deux
- Encercler les franco-britanniques en Belgique
Faux ! Les allemands visent systématiquement la population civile, que ce soit en Pologne, en France, et bientôt en Angleterre.
Faux ! Reynaud a démissionné, c'est Pétain qui décide de signer l'armistice.