À l’été 1944, l’Allemagne nazie entre dans sa dernière année d’existence. En apparence, le Reich conserve encore un territoire vaste, des millions d’hommes sous les armes et une industrie de guerre fonctionnelle. Mais en réalité, sa défaite est déjà enclenchée.
À l’Est, l’Armée rouge a définitivement stoppé la Wehrmacht à Koursk et amorce une reconquête inexorable. À l’Ouest, le débarquement en Normandie a percé le mur de l’Atlantique et ouvert un nouveau front aux portes du Rhin. Dans les airs, l’Allemagne subit des bombardements quotidiens. Le ciel ne lui appartient plus. Le sol lui échappe. La guerre devient une lente agonie.
Pourtant, le régime hitlérien ne s’effondre pas immédiatement. Il résiste, s’enferme dans le déni, et mobilise jusqu’aux dernières ressources d'une Allemagne en ruines. Hitler l'a décidé : s'il doit mourir, il entraînera l'Allemagne dans sa chute. Cette obstination fanatique fera de cette dernière année de guerre, également l'une des plus violentes. La chute du IIIe Reich ne sera pas une reddition ordonnée, mais un écroulement total.
L'effort Allié : l'étau se resserre à l'Ouest
Octobre 1944. L'Allemagne nazie est désormais acculée sur tous les fronts.
- À l'Est, l’Armée rouge approche de Varsovie.
- À l’Ouest, les forces anglo-américaines ont franchi la Seine et menacent la frontière allemande.
Si le Troisième Reich conserve une capacité de nuisance, il a perdu l'initiative stratégique. Au moment où les armées alliés approchent du territoire national à l’automne 1944, l’issue du conflit ne fait déjà plus guère de doute. L’Allemagne fait face à un rouleau compresseur industriel et militaire qu’elle ne peut plus contenir.
Une guerre industrielle
Dans une guerre totale, le champ de bataille en lui-même n'est qu'un théatre d'affrontement parmi d'autres. La guerre se joue aussi dans les usines, dans la logistique, dans l'accès aux ressources, et sur ces trois tableaux, l'Allemagne ne fait pas le poids face à la puissance alliée.
Hitler et son ministre de l'armement : Albert Speer.
À sa nomination, en 1942, la production allemande augmente considérablement, mais face aux superpuissances industrielles américaines et soviétiques, le Reich ne peut pas rivaliser.
L'arsenal des démocraties
En 1944, les États-Unis produisent à eux seuls plus d’avions, de camions et de navires que tous les pays de l’Axe réunis.
| Reich | USA | |
| Pétrole | 9,5Mt | 171Mt |
| Avions | 40 000 | 100 000 |
| Chars | 19 000 | 30 000 |
Dès 1942, les États-Unis adoptent une économie de guerre à une échelle inédite dans l’histoire. Le Victory Program prévoit une production massive et standardisée : chars Sherman, avions bombardiers B-17 et B-24, camions, munitions…
Selon la formule de Roosevelte, le pays devient littéralement "l’arsenal des démocraties".
Usine de bombardiers B-29
Entre 1942 et 1945, les États-Unis produisent plus de 300 000 avions, 86 000 chars, et expédient des milliers de tonnes de matériel par semaine vers l’Europe. Les Liberty Ships, navires marchands produits en série (1 200 unités construites), forment une ligne de vie constante entre les États-Unis et les ports britanniques ou français.
L’Europe devient un immense champ de bataille ravitaillé par l’Atlantique.
La maîtrise du ciel : l’étranglement aérien du Reich
En 1944, l’Allemagne perd le contrôle de son propre ciel. L'aviation alliée écrase le pays sous des milliers de tonnes de bombes.
Bombardement américain
Les cibles : usines, raffineries, gares de triage, nœuds de communication. Les bombardements de la Ruhr, cœur industriel du Reich, sont quotidiens.
Fin 1944, toutes les raffineries ont été détruites : le Reich ne produit presque plus de pétrole synthétique. Ses chars, ses avions, ses camions sont à l'arrêt. L’Allemagne, privée d’essence, de voies ferrées fonctionnelles et d’installations industrielles, ne peut plus reconstituer ses forces.
Une aciérie détruite.
Mais les bombardements ne ciblent pas seulement des objectifs militaires et industriels. Parfois, la frontière entre objectif stratégique et crime de guerre est très fine.
En février 1945, Dresde, surnommée la "Florence de l'Elbe" en raison de sa richesse architecturale, est réduite en cendres après trois jours de bombardements intensifs. Plus de 1 200 bombardiers déversent 3 900 tonnes de bombes incendiaires. 25 000 civils périssent dans un feu d’apocalypse. La ville sera qualifiée plus tard "d'Hiroshima allemand".
L'ampleur du bombardement, comparée à ses retombées stratégiques limitées, ouvrira un débat en occident sur sa légitimité.
Le ville de Dresde, ruinée.
De la Normandie à l’Allemagne
À l’automne 1944, après la libération rapide de la France, les forces alliées se retrouvent face à une Allemagne désormais retranchée derrière ses frontières. Les combats qui suivent sont souvent sous-estimés, alors qu’ils comptent parmi les affrontements les plus durs de la guerre.
À partir d’octobre, les armées alliées atteignent les premières fortifications de la ligne Siegfried (Westwall), une série de bunkers, tranchées, champs de mines, qui doit protéger la frontière du Reich. L’armée allemande, bien qu'affaiblie, résiste avec acharnement.
Les combats pour Aix-la-Chapelle, première grande ville allemande capturée en octobre 1944, sont féroces. L'armée américaine s'enlise dans deux semaines de combats urbains, contre une Wehramcht fanatisée, qui ne lâche rien.
Soldats américains à Aix-la-Chapelle
Fin 1944, confrontés à des difficultés logistiques, les Alliés ralentissent temporairement. Le front se stabilise à l’approche de l'hiver. Hitler compte bien en profiter pour jouer sa dernière carte.
En décembre 1944, contre toute attente, les allemands lancent une offensive surprise dans les Ardennes belges. Le haut commandement espère réitérer l'exploit de la campagne de France, en brisant le front allié en deux. L’attaque mobilise près de 200 000 soldats allemands, et prend initialement les Alliés de court.
Soldats allemands à l'assaut
Mais l'assaut s'essouffle rapidement, et la résistance alliée s’organise. La défense de Bastogne par la 101e division aéroportée américaine, encerclée mais inflexible, devient légendaire.
Les renforts américains arrivent, l’aviation alliée reprend les airs, et l’offensive est repoussée en janvier 1945. Elle aura coûté à l’armée allemande ses dernières réserves de blindés ainsi que plus de 100 000 soldats. Après cette défaite, la Wehrmacht n'aura plus jamais les moyens de monter d’opérations majeures sur le front occidental. C'est la dernière offensive allemande sur le front de l'Ouest.
Chars Sherman dans la neige des Ardenne.
Soldats américains dans la forêt des Ardennes
Après cet ultime sursaut, l’armée allemande est définitivement brisée. Quelques mois plus tard, les alliés franchissent le Rhin et foncent vers le cœur du Reich.
L’invasion finale
En mars 1945, les américains sont les premiers à franchir le Rhin, fleuve mythique dans l’imaginaire allemand. C'est une étape symbolique importante : la fin de la guerre est proche
Parce qu'Hitler choisit de défendre en priorité l'Est du pays de l'invasion soviétique, il dégarnit largement la défense du front occidental. Les Alliés progressent ainsi à grande vitesse : jusqu’à 40 kilomètres par jour pour certaines unités motorisés. Les villes tombent une à une : Cologne, Francfort, Nuremberg...
Sur le front, les désertions se multiplient. De nombreux soldats cherchent délibérément à se rendre aux troupes américaines ou britanniques, préférant être prisonnier des alliés que des russes, qui se livrent à de terrible représailles, en réponse aux crimes de guerre commis par les allemands lors de l'occupation du territoire soviétique.
Prisonniers allemands
Dans le même temps, la repression s'intensifie : les SS exécutent les déserteurs, et tout ceux qui appellent à la fin de la guerre, accusés de "défaitisme".
Les alliés divisent le front en trois :
- Au nord, les Britanniques et Canadiens,
-
Au centre, les Américains,
-
Au sud, les Français, qui doivent rejoindre les forces alliées remontant depuis l'Autriche.
Carte : l'avancée alliée
Mais si la Wehrmacht est complètement désorganisée, la résistance ne disparaît pas pour autant. Les combats urbains se durcissent, en particulier face aux unités SS, appuyés par les miliciens du Volkssturm.
Cette milice, dont le nom signifie litéralement "Tempête du peuple", est composée de civils armés en hâte, souvent des adolescents ou des vieillards enrôlés de force sur ordre de Hitler, qui exige la conscription de tous les hommes entre 16 et 60 ans. Il déclare :
«À la volonté de destruction totale de nos ennemis judéo-internationaux, nous opposons l’engagement total de tout le peuple allemand.»
Un vieil homme est armée comme milicien
Ce n'est plus une armée structurée qui s'oppose aux anglo-américains, mais des contingents éparpillés, composés de SS fanatiques et de recrues inexpérimentées.
Cette résistance irrationnelle ne retarde que légèrement l'avancée alliée, mais elle rend les affrontements beaucoup plus violents et condamne de nombreux civils.
Le 25 avril 1945, sur les rives de l’Elbe, les troupes américaines font leur jonction avec les soviétiques. La scène est immortalisée : un moment de fraternisation qui symbolise l’effondrement complet du IIIe Reich.
Américains et soviétiques se rencontrent sur l'Elbe.
L'horreur nazie mise à nu
À mesure que les troupes alliées progressent en territoire allemand, elles découvrent une réalité dont personne ne soupçonnait l'ampleur : le système d'extermination nazi. L’euphorie de la victoire cède la place à une prise de conscience brutale. L'Allemagne n'est pas qu'un ennemi militaire, c'est l'incarnation du mal absolu.
En avril 1945, les soldats alliés commencent à libérer les camps de concentration. Ce qu’ils y trouvent dépasse tout ce que les services de renseignement avaient pu rapporter. À Buchenwald, Bergen-Belsen, Dachau, les soldats américains et britanniques entrent en enfer.
Des corps rachitiques de femmes, d'hommes et d'enfants, entassés par milliers comme du bois, comme des déchets, parfois pertiellement brûlés. Les survivants, cadavériques, n'ont plus que la peau sur les os. Ils ressemblent à des squelettes vivants.
Earl Harisson, représentant du gouvernement américain en Europe, écrit, dans son rapport au président Truman :
"Nous avons vu l'âbime de la déchéance humaine et la profondeur du mal"
Le général Eisenhower, profondément choqué par ce qu’il voit, ordonne que l’on documente immédiatement les atrocités, par photographies et films :
«Que ce soit gravé dans les mémoires. Que personne ne puisse dire : cela ne s’est pas produit. »
Des civils allemands sont contraints de visiter les camps. Certains détournent le regard, d'autres s'effondrent, mais beaucoup persistent dans le déni ou l'indifférence.
Des civils allemands sont mis face à la réalité des camps de concentration
L'effort Soviétique : une poussée implacable à l'Est
Tandis que les Alliés progressent méthodiquement à l’Ouest, la guerre sur le front oriental prend une toute autre dimension. C’est une guerre d’extermination réciproque.
Ce que l’Armée rouge libère du joug nazi, elle le soumet presque immédiatement à une autre domination. La violence des combats, les représailles massives, et la brutalité de la reprise de contrôle soviétique font de cette «libération» un processus sanglant et ambivalent.
Après Koursk : la bascule stratégique
Lancée à l’été 1943, la bataille de Koursk marque la dernière offensives allemandes sur le front de l’Est. Elle oppose près de 3 millions de soldats et plus de 6 000 chars dans une zone fortifiée par les Soviétiques. L’incapacité des allemands à percer le front et les terribles pertes de la Wehrmacht scellent l’épuisement stratégique du Reich.
L'Allemagne n'aura plus jamais les ressources pour lancer de nouvelles offensives à l'Est. À partir de Koursk, son armée ne fera plus que reculer, jusqu'à Berlin.
Char Tigre avant la bataille de Koursk
La puissance militaire soviétique repose sur une mobilisation totale de la société :
Sur le front, les soldats sont jetés par millions contre les positions allemande : plus de 8,5 millions de combattants soviétiques seront tués pendant toute la guerre. Mais l'État major, peu soucieux de la vie de ses hommes, ne ménage pas les pertes.
À l'arrière, l’industrie, relocalisée à l’Est de l’Oural, produit en masse : des milliers de chars, de canons, de lance-roquettes, d’avions sortent chaque mois des usines soviétiques. Les ouvriers, galvanisés par la propagande et surveillés par la police politique, travaillent dans des conditions extrêmes. Leur effort permet de doter l'Armée Rouge d'une supériorité materielle écrasante.
L’Europe de l’Est en feu : une libération violente
L'opération Bagration
Lancée en juin 1944, en coordination avec le débarquement de Normandie, l’opération Bagration, est l’un des plus vastes assauts de la guerre. Elle mobilise 2,3 millions de soldats soviétiques contre le centre du front allemand, défendu par environ 800 000 hommes.
Les russes ont 2,5 fois plus d'hommes, 8 fois plus d'avions et de chars. Leur supériorité est écrasante. En quelques semaines, les armées allemandes sont littéralement anéanties : plus de 350 000 soldats tués, blessés ou capturés.
Des soldats allemands s'enfuient.
L’avancée soviétique est fulgurante : Minsk, Vilnius, puis la Vistule sont atteints en deux mois. C’est la plus grande défaite du Reich, pire encore que Stalingrad.
Les Soviétiques avancent de 600 kilomètres, libérant la Biélorussie et pénétrant en Pologne. Bagration marque l’irruption irréversible de l’Armée rouge au cœur de l’Europe.
Carte : l'avancée soviétique
Dans leur retraite, les allemands se livrent à des massacres systématiques. En Biélorussie, près d'un quart de la population, soit deux millions de personnes, est tué. Des villages entiers sont brûlés avec leurs habitants.
En Pologne, les ghettos sont vidés et Varsovie, la capitale, est entièrement détruite. La Wehrmacht exécute par milliers les prisonniers de guerre, tandis que la SS vide ses camps en entraînant les juifs dans de longues marches de la mort, dans le froid, jusqu'à l'épuisement.
Des suspects, pendus par la Wehrmacht
Des libérateurs impitoyable
Les territoires que traverse l’Armée rouge sont dans un état de ruine totale. La Biélorussie, la Pologne, l’Ukraine occidentale et les Pays baltes ont été ravagés par trois années d’occupation. À chaque pas, les russes découvrent les traces des massacres nazis. Et à chaque pas, ils laissent derrière eux de nouvelles destructions, des représailles, des règlements de comptes.
La reconquête soviétique n’apporte pas la paix. Elle est militairement brutale, politiquement intransigeante.
Défilé de l'Armée Rouge
Partout, la libération est aussi le prétexte à l’élimination physique des opposants, qu’ils soient réels ou supposés. Les collaborateurs, les élites polonaises et les résistants non communistes sont arrêtés, exécutés ou déportés. Les camps de travail du Goulag se remplissent à mesure que l'armée avance.
Des minorités entières sont accusées de collaboration et déportées en masse. Les Tatars de Crimée dont la populations s'est massivement engagée aux côtés de l'occupant, sont déportés. Le peuples entier, plusieurs centaines de milliers de personnes (hommes, femmes et enfants), est ainsi déplacé en Sibérie et soumis aux travaux forcés.
Himmler inspecte une division SS ukrainienne.
Pour les peuples de l'ancien Empire Russe, l'invasion allemande a été l'occasion de combattre la dictature soviétique, qui s'est souvent montré impitoyable envers les minorités nationales (Ukrainniens, Tchétchènes, Baltes...).
Dans les Pays baltes, les soviétiques reconstituent de force des gouvernements communistes. En Pologne, ils se débarassent des résistants nationalistes dès le départ de l'occupant allemand.
La trahison de l’insurrection de Varsovie, en août 1944, est à cet égard emblématique : alors que la résistance polonaise se soulève dans la ville, l’Armée rouge, positionnée sur la rive orientale de la Vistule, s'arrête à quelques kilomètres de la capitale. Staline laisse volontairement les Allemands écraser la révolte polonaise, conduite par des nationalistes anti-soviétiques. Plus de 150 000 civils périssent dans la répression.
L’abandon de Varsovie n’était pas une erreur : c’était un choix politique. L’URSS se débarasse ainsi de la résistance polonaise indépendante qui pourrait faire obstacle à son futur contrôle du pays.
Des allemands devant les corps inanimés de civils polonais, à Varsovie.
Vengeance et terreur
Dans les pays baltes, en Prusse-Orientale, en Silésie, les soldats soviétiques se livrent à des violences de masse : viols, pillages, exécutions sommaires. La haine, accumulée après l’invasion de 1941, les massacres de civils, les villes rasées et les 27 millions de morts soviétiques, éclate sans filtre.
Le massacre de Nemmersdorf, en Prusse orientale, dans lequel des dizaines de civils allemands sont violés, mutilés et exécutés, est largement exploité par la propagande nazie pour alimenter la peur de l’Armée rouge. Mais les faits, bien que parfois exagérés, sont authentiques. Au fil de l’avancée, viols de masse, pillages, incendies et massacres deviennent une réalité dans de nombreuses zones traversées par les soviétiques.
Objectif Berlin : la course finale
Au début de 1945, l’Armée rouge déclenche l’offensive Vistule–Oder, l'un des derniers actes de la guerre à l'Est. Les russes traversent la Pologne en quelques semaines et atteigent l’Oder, fin janvier. Ils ne sont plus qu'à 70 kilomètres de la capitale.
La vitesse de cette percée laisse l’Allemagne médusée. Le Reich, épuisé entre les combats à l’Ouest et à l’Est, ne peut opposer qu’une résistance éparse et désespérée. La route vers Berlin est ouverte.
Chars russes en mouvement
La marche vers Berlin est aussi une course politique. Depuis la conférence de Yalta (février 1945), les zones d’occupation de l’Allemagne ont été définies, mais la question de qui prendra Berlin reste ouverte. Pour Staline, il ne saurait être question de laisser aux Anglo-Américains le prestige d’entrer les premiers dans la capitale ennemie.
Cette rivalité pousse le haut commandement soviétique à précipiter la fin de la guerre, malgré des pertes annoncées importantes en raison de l'ultime résistance allemande. Le maréchal Joukov est chargé de prendre Berlin par l’Oder, tandis que Koniev remonte par le sud.
Un T-34 roule sur l'Autobahn allemande.
Les Américains, de leur côté, atteignent l'Elbe le 12 avril. Au lieu de foncer sur Berlin, Eisenhower donne l'ordre de s'arrêter, laissant le champ libre à l’Armée rouge.
Cette décision, qui doit épargner des milliers de vies américaines, est prise au grand dame de Churchill. Le premier ministre britannique avait tenté de convaincre Roosevelt de prendre la ville avant Staline, sans succès. Visionnaire, il écrit :
"Si nous nous retirons de cette course et laissons la conquête de Berlin entièrement aux Russes, alors nous serons confrontés après la guerre à de graves désavantages politiques."
Pour Roosevelt, peu importe les inquiétudes de la vieille Europe. Le président américain, qui mourra d'une attaque cérébrale en avril, n'entrevoit pas la Guerre froide aussi distinctement que Churchill. Pour lui, l'important est la destruction du régime nazi, le reste est secondaire.
Les trois principaux chefs alliés à Yalta, en Crimée. Ils y ont décidé, entre autres, du partage de l'Allemagne.
En entrant le premier dans la capitale du Reich, Staline envoie un message au monde : l’Europe centrale est désormais dans la sphère d’influence soviétique. Avec la prise de Berlin, l’URSS s’assure non seulement une victoire militaire, mais une victoire géopolitique déterminante dans l’équilibre de l’après-guerre.
Cartes : l'avancée soviétique
Conclusion
Au début de l'année 1945, l’Allemagne nazie est encerclée. Sa défaite militaire est inéluctable. À l’ouest, les armées anglo-américaines ont franchi le Rhin et balayé les dernières lignes de défense, s’enfonçant jusqu’au cœur du territoire allemand. À l’est, l’Armée rouge, forte d’une supériorité numérique et d’une âpre volonté de vengeance, traverse l’Oder et entame l’assaut final sur Berlin. Le Reich est pris en étau. Il n’a plus de profondeur stratégique, plus de ressources, plus de renforts.
L’espace géographique entre les deux fronts s’est réduit à une zone de mort et de ruines. Les divisions allemandes sont disloquées, les communications rompues, les villes pilonnées jour et nuit. La Luftwaffe n’existe plus, l’économie de guerre est à genoux, et des millions de civils sont sur les routes dans un chaos absolu. La Wehrmacht, vidée de sa substance, recourt à des enfants et à des vieillards pour défendre un régime condamné. La guerre est perdue, et chacun le sait.
Mais malgré cette situation désespérée, le pouvoir nazi s’accroche. Il refuse la reddition. Il prolonge les souffrances. Il engage une nation déjà brisée dans une fuite en avant suicidaire. C’est l’agonie d’un régime fanatisé, qui préfère précipiter le peuple allemand dans l’abîme plutôt que d’admettre sa défaite.




























