En 1945, la Seconde Guerre mondiale s’achève dans un fracas sans précédent. Le monde sort épuisé, brisé, profondément transformé.
Tandis que l’Europe est en ruines et que le Japon capitule, deux puissances émergent comme les nouveaux arbitres de l’ordre mondial : les États-Unis et l’Union soviétique.
1945 : un monde en ruines
La Seconde Guerre mondiale, qui se termine en mai 1945 en Europe et en août 1945 en Asie, laisse derrière elle un monde exsangue. Par son ampleur, sa durée, et la nature inédite des violences commises, le conflit a bouleversé les équilibres géopolitiques, économiques et moraux de la planète. Le monde d’après n’est pas un simple retour à l’ordre, mais bien une refondation complète, née du choc de la guerre totale.
Bilan humain, matériel et moral d’un conflit mondial
La Seconde Guerre mondiale s’est soldée par plus de 60 millions de morts, civils et militaires confondus. L’Europe de l’Est, l’Allemagne, la Chine et le Japon ont payé le plus lourd tribut.
Graphique : les morts par pays. Les civils ont payé un tribut innédit.
Les bombardements stratégiques, les combats urbains, les famines et les déplacements de populations ont profondément désorganisé les sociétés.
À cela s’ajoute l’horreur absolue des génocides, dont la Shoah est le point culminant : six millions de Juifs ont été assassinés par le régime nazi, dans une entreprise industrielle d’extermination révélée au monde à la libération des camps.
Femmes et enfants arrêtés par la Wehrmacht
L’impact matériel est également considérable : des villes entières (Dresde, Varsovie, Hiroshima, Tokyo) ont été rasées ; les réseaux ferroviaires, les ports, les industries sont à reconstruire.
Le système économique mondial est désorganisé, marqué par l’inflation, les pénuries, l’effondrement du commerce.
Tokyo, détruit, en 1945
Mais c’est peut-être sur le plan moral que le choc est le plus profond. La découverte de l’ampleur des crimes de guerre nazis, la violence extrême des combats, l’utilisation de l’arme nucléaire sur des populations civiles interrogent la civilisation occidentale.
1945 est à la fois une victoire militaire et une défaite morale, pour un monde qui se croyait immunisé contre la barbarie après 1918.
Un soldat allemand brûle une maison au lance-flamme.
Des puissances européennes affaiblies et déclassées
La guerre a sonné le glas de la domination mondiale de l’Europe. Les grandes puissances traditionnelles — Royaume-Uni, France, Allemagne — sortent du conflit affaiblies militairement, ruinées économiquement et discréditées politiquement.
- Le Royaume-Uni, bien que membre du camp des vainqueurs, s'est lourdement endetté pendant la guerre et dépend de l’aide américaine pour sa reconstruction, tandis que son empire colonial est en voie de désintégration.
Pompiers londoniens en action pendant le Blitz
- La France, libérée en 1944 après quatre années d’occupation, doit reconstruire son autorité interne tout en rétablissant sa place dans le concert international.
- L’Allemagne, quant à elle, est en ruines, divisée et occupée. Son effondrement marque la fin de l’équilibre européen tel qu’il avait été conçu depuis le XIXe siècle.
Le Reichstag après la bataille de Berlin
Les puissances coloniales européennes sont en outre confrontées à une remise en question profonde de leur légitimité. Leur incapacité à défendre leurs métropoles, leur dépendance à l’égard des États-Unis, et les sacrifices imposés aux colonies pendant la guerre nourrissent un ressentiment croissant dans les populations soumises. Une rupture se prépare.
Deux vainqueurs dominants : les États-Unis et l’URSS
La grande nouveauté de 1945 réside dans l’émergence de deux superpuissances, les États-Unis et l’Union soviétique, qui se partagent désormais la scène internationale.
Les États-Unis sortent de la guerre renforcés à tous les niveaux :
- Leur territoire n’a pas été touché par les combats.
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Leur production industrielle et agricole est à son apogée.
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Leur supériorité technologique est manifeste, symbolisée par l’arme atomique.
- Leur armée est présente sur tous les théâtres d’opération.
Ils deviennent les créanciers du monde libre, en capacité de reconstruire, d’arbitrer, et d’imposer leur vision d’un ordre international fondé sur la démocratie libérale et le capitalisme.
Les trois chefs alliés à Yalta, en Crimée.
Roosevelt, même ici en Union soviétique, occupe le siège central sur les photographies officielles. Cette primauté illustre une puissance américaine incontestable.
- L’URSS, quant à elle, a subi d’immenses pertes (près de 27 millions de morts), mais a aussi connu une montée en puissance spectaculaire. En écrasant la Wehrmacht sur le front de l’Est, elle s’impose comme la puissance dominante en Europe centrale et orientale.
Son modèle politique et économique, centralisé et autoritaire, offre à son chef, l'impitoyable Josephe Staline, un contrôle totale sur son empire. Ce dernier a également une grande influence sur les mouvements communistes d'Asie et d'Europe, qui menacent de s'imposer dans plusieurs pays.
Staline (au centre) avec Churchill, à Potsdam
En 1945, l’ancien monde multipolaire a disparu. La guerre a accouché d’un monde bipolaire, dominé par deux superpuissances concurrentes. La guerre froide n’est pas encore déclarée, mais ses fondations sont déjà posées.
Vers un nouvel ordre international
À l’issue de la guerre, les Alliés ne veulent pas répéter l’erreur de 1918. Il ne s’agit pas seulement de punir les vaincus, mais de prévenir le retour de la guerre en construisant un ordre mondial fondé sur la coopération, la sécurité collective et la reconstruction économique.
Mais derrière les principes affichés, les rivalités entre grandes puissances s’expriment déjà, dans la lutte pour l’influence mondiale.
La volonté de prévenir un nouveau conflit mondial
Les conférences diplomatiques tenues pendant et immédiatement après la guerre (Téhéran, Yalta, Potsdam) visent à établir les bases d’un nouvel ordre international stable et durable. L’objectif affiché est clair : empêcher que le monde replonge dans la guerre. Deux grandes innovations symbolisent cette volonté.
La fondation de l’Organisation des Nations unies
L’échec de la Société des Nations (SDN), incapable d’empêcher la Seconde Guerre mondiale, pousse les Alliés à fonder une nouvelle organisation : l’Organisation des Nations unies (ONU).
La Charte de San Francisco, signée en juin 1945 par 51 États, crée une institution censée garantir la paix par le dialogue, le multilatéralisme et le droit international.
Signature de la Charte de San Fransisco, en 1945.
L’ONU s’organise autour d’un Conseil de sécurité, composé de 5 membres permanents (États-Unis, URSS, Royaume-Uni, France, Chine) disposant d’un droit de veto.
Ce privilège accordé aux grandes puissances reflète à la fois un réalisme géopolitique et une forme d’inégalité structurelle. Malgré certaines critiques faites sur ce point, la naissance de l'organisation représente malgré tout un espoir de régulation collective des conflits.
Les accords de Bretton Woods
Sur le plan économique, les États-Unis prennent l’initiative de refonder le système monétaire international afin d’éviter le chaos qui avait suivi la crise de 1929.
En juillet 1944, à Bretton Woods, en Nouvelle-Angleterre, 44 pays s'accordent sur un cadre économique destiné à favoriser la reconstruction et la croissance par la coopération financière et monétaire.
Diplomates à Bretton Woods
Deux institutions sont alors créées :
- Le Fonds monétaire international (FMI), chargé de garantir la stabilité des monnaies et des échanges.
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La Banque mondiale, destinée à financer la reconstruction et le développement.
Ces structures placent le dollar au centre du système monétaire international, et affirment l’influence économique américaine sur le monde. L’objectif est aussi de promouvoir une économie libérale à l’échelle mondiale.
Le dollar américain, pilier de l'ordre économique après Bretton Woods.
La réorganisation géopolitique de l’Europe
L’Europe, principal théâtre des combats, est aussi le principal enjeu géopolitique de l’après-guerre.
Les conférences de Yalta et Potsdam
À Yalta, en février 1945, Roosevelt, Churchill et Staline s’accordent sur les principes du désarmement de l’Allemagne, de sa division en zones d’occupation (américaine, soviétique, britannique, française), et sur la nécessité d’organiser des élections libres dans les pays libérés.
Cette dernière close s'adresse tout particulièrement à Staline, dont les armées occupent une bonne partie de l'Europe, qu'elles libèrent progressivement du joug nazi.
Territoires libérés par l'Ouest et par l'Est
À Potsdam (juillet-août 1945), quelques mois après la capitulation allemande, Truman, Churchill et Staline se réunissent pour discuter du sort de l'Europe. Cette conférence, tenue dans la banlieue de Berlin, révèle de vives tensions entre les alliés.
Staline apparaît en position de force. Sa légitimité repose sur le rôle déterminant qu'a joué l'URSS dans la victoire : le pays a payé un prix immense dans la lutte contre le nazisme, subissant les pertes humaines les plus importantes de toute les nations engagées. Mais surtout, son armée occupe de fait la moitié du continent, avec 11 millions de soldats et 40 000 chars.
Satline, entre ses généraux Joukov (à droite) et Boudienny (à gauche), qui observe la parade la victoire sur la place Rouge de Moscou, le 24 juin.
Le dictateur compte bien tirer profit de sa victoire et de sa puissance pour influencer les négociations. Pour lui, il n'est pas question d'organiser des élections dans les pays libérés, mais d'y installer des régimes communistes favorables à Moscou.
Dès les premiers mois, les occidentaux n'ont plus l'autorisation de circuler librement dans les territoires occupés par l'Armée Rouge. Les communications sont coupés, et les journalistes expulsés. Churchill écrit, dans une lettre au président américain Harry Truman :
"Staline a fait tomber un rideau de fer sur le front. Nous ne savons pas ce qui se passe derrière"
Il le prévient également sur la conduite à adopter face à l'impitoyable dirigeant soviétique :
«Staline ne comprend qu’un langage : celui de la force. Si nous lui montrons la faiblesse, il nous balaiera de la carte.»
Churchill rencontre le président Truman
Au fil des discussions, les désaccords se multiplient : sur l’avenir de la Pologne, de la Tchécoslovaquie, de l'Allemagne ou de la Hongrie. Les alliés cèdent sur presque tout, confirmant la suprématie soviétique en Europe centrale. Truman écrit dans son journal :
«Nous ne pouvons rien faire sans déclencher une nouvelle guerre.»
Le sort de l’Allemagne
L’Allemagne est occupée, démilitarisée, et soumise à un programme de dénazification. Son territoire est divisé entre les quatre Alliés, Berlin elle-même étant partagée.
L’économie est placée sous contrôle, les anciens cadres nazis sont poursuivis (procès de Nuremberg, 1945–1946), et les frontières sont redessinées : la Pologne est déplacée vers l’ouest. Les populations allemandes sont expulsées de Prusse, de Silésie et de Poméranie.
Carte : la partition de l'Allemagne
Le Japon occupé et transformé
La capitulation du Japon, obtenue après les bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki (août 1945), ouvre une phase d’occupation totale de l'archipel par les États-Unis.
La capitulation du Japon est signée, à bord de l'USS Missouri
Une transformation politique et sociale
L’objectif américain est de faire du Japon un État pacifié, démocratique et allié :
- L’empereur est maintenu comme symbole national, mais délesté de tout pouvoir politique.
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Une nouvelle Constitution est adoptée en 1947, fondée sur un parlementarisme occidental, les droits fondamentaux, et l’abandon officiel de la guerre comme instrument politique (article 9).
- Le système économique est restructuré : réformes agraires, démantèlement des grands conglomérats (zaibatsu), promotion de la croissance intérieure.
Le Japon devient un poste avancé des États-Unis en Asie, dans un contexte de tensions croissantes avec l’URSS. Cette occupation se distingue par sa dimension pédagogique et idéologique : elle vise à éradiquer le militarisme japonais tout en diffusant un modèle libéral et démocratique. Ce processus jette les bases de la future alliance américano-japonaise.
Les premières lignes de fracture : la logique de guerre froide
L’immédiat après-guerre, loin de consacrer l’unité des vainqueurs, révèle des divergences de fond entre les deux nouvelles superpuissances.
États-Unis et URSS, alliés contre l’Allemagne nazie, apparaissent de plus en plus comme des adversaires idéologiques et stratégiques.
Le durcissement des relations américano-soviétiques
Au lendemain de la guerre, les désaccords entre les anciens Alliés se multiplient. À la différence de 1918, il n’y a pas de conférence de paix globale, mais une série de décisions prises au fil des rapports de force. Cela laisse le champ libre à l’affirmation de deux modèles politiques irréconciliables :
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Le modèle américain, capitaliste, repose sur la liberté des marchés, le pluralisme politique et la démocratie représentative.
- Le modèle soviétique, communiste, est fondé sur un parti unique, la planification centralisée, et l’extension de la révolution socialiste.
Ces oppositions théoriques se traduisent en rivalité concrète, sur trois plans : militaire, territorial et technologique.
Une rivalité militaire et stratégique
Dans cette logique d'opposition Est-Ouest, la puissance technologique devient un levier de puissance. Au lendemain de la guerre, les États-Unis détiennent le monopole de l’arme nucléaire. Elle donne un avantage considérable à l'Amérique.
L’URSS accélère son propre programme de développement de l'arme. Grâce au travail de ses scientifiques et à un réseau d'espions infliltré dans les laboratoires nucléaires américains, il parvient à combler son retard stratégique. En août 1949, la première Bombe soviétque explose en Sibérie, ouvrant la course aux armements nucléaires.
Le nuage atomique au dessus de Hiroshima
Parallèlement, les deux blocs se disputent la récupération des technologies du Troisième Reich. De nombreux scientifiques allemands — notamment dans les domaines de la balistique, de l’aéronautique, et de la chimie — sont captés par les deux camps.
L'exemple le plus célèbre est certainement le cas de Wernher von Braun, ingénieur à l'origine des missils allemands V2, qui connaîtra une brillante carrière aux États-Unis après la guerre.
Il concevra des missils pour l'armée américaine et travaillera avec Walt Disney, avant de diriger la construction de la fusée Saturne V, qui enverra les premiers hommes sur la lune, en 1969.
Von Braun pose à côté des réacteurs de Saturne V.
Cette compétition pour la technologie inaugure une nouvelle forme de rivalité : la guerre froide sera aussi une guerre des cerveaux, des missiles, et des modèles scientifiques.
L’affirmation des sphères d’influence
Les Soviétiques imposent progressivement des gouvernements communistes dans les pays d’Europe de l’Est libérés par l’Armée rouge : Pologne, Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Tchécoslovaquie. Ces régimes, officiellement indépendants, deviennent des satellites du Kremlin, organisés selon le modèle soviétique, au mépris des engagements pris à Yalta sur les élections libres.
Face à cela, les États-Unis commencent à formuler une doctrine d’endiguement de l’expansion communiste. En 1949, ils créent l'OTAN, une alliance qui pose les principes de défense collective, de coopération et de valeurs communes entre ses membres, contre la puissance soviétique. La séparation de l’Europe entre Est et Ouest devient une réalité de plus en plus visible.
L'Europe dans les années 1950
Les premières crises internationales
Plusieurs événements marquent l’entrée du monde dans une logique de confrontation indirecte :
En 1946, une guerre civile éclate en Grèce, entre monarchistes soutenus par les Britanniques (puis les Américains) et communistes appuyés par la Yougoslavie. Simultanément, l’URSS exerce des pressions militaires sur la Turquie, dans le détroit des Dardanelles, et refuse de retirer ses troupes d’Iran, en violation des accords interalliés.
Soldats grecs (1947)
Ces épisodes convainquent les États-Unis que l’URSS cherche à étendre son influence au-delà de l’Europe de l’Est, dans des zones géostratégiques majeures.
La doctrine Truman et le containment (1947)
En mars 1947, le président américain Harry S. Truman annonce devant le Congrès une nouvelle orientation stratégique : les États-Unis soutiendront tout pays menacé par le communisme, qu’il soit attaqué de l’extérieur ou miné de l’intérieur.
C’est le début de la doctrine Truman, pierre angulaire de la politique d’endiguement (containment).
Truman s'adresse au congrès des États-Unis
Cette politique se traduit concrètement par une aide financière et militaire à la Grèce et à la Turquie (400 millions de dollars).
Elle est bientôt suivie par une initiative d’envergure : le plan Marshall, lancé en juin 1947, qui vise à reconstruire l’Europe tout en l’arrimant économiquement et idéologiquement aux États-Unis.
L’URSS, qui perçoit cette aide comme un moyen d’étendre l’influence américaine, refuse l’offre et contraint ses satellites à faire de même.
En quelques années, les espoirs d’un ordre international coopératif ont laissé place à une confrontation rampante, qui oppose deux systèmes inconciliables. La guerre froide ne se déclare pas officiellement, mais elle s’impose de fait dans la concurrence des deux nouvelles superpuissances pour la suprématie mondiale.
Conclusion
L’année 1945 ne marque pas une simple fin de guerre. Elle constitue une rupture historique majeure, qui referme brutalement le cycle ouvert en 1914 et engage le monde dans une nouvelle époque, incertaine et contradictoire. Si les canons se sont tus, les tensions n’ont pas disparu. La fin de la Seconde Guerre mondiale ouvre un monde à reconstruire, à réorganiser, et à repenser — un monde où les anciennes puissances sont affaiblies, où de nouvelles hégémonies émergent, et où les peuples réclament une place jusque-là refusée.
D’un côté, la guerre a permis la mise en place d’institutions internationales ambitieuses, comme l’ONU ou le système de Bretton Woods, censées garantir la paix, le développement économique et la coopération entre nations. Mais d’un autre côté, les rivalités entre les États-Unis et l’Union soviétique — déjà visibles — rendent la paix immédiatement vulnérable. La logique de guerre froide s’impose rapidement, transformant l’espoir de paix durable en un équilibre fondé sur la peur, la propagande, et la dissuasion.
Quiz de révision
- L'URSS promeut un modèle communiste autoritaire.





















