César et Pompée : la République à bout de souffle



Au Ier siècle, la République romaine est à son apogée territoriale — mais à bout de souffle politiquement. Ce régime, fondé sur la collégialité et les contre-pouvoirs, vacille sous la pression des ambitions personnelles. Le consensus laisse place aux alliances privées, la loi cède devant la force, et les généraux prennent le pas sur les magistrats.

C’est dans ce contexte que deux figures se font une place la scène politique : Pompée, général auréolé de gloire, et César, orateur charismatique maître de la communication populaire. Leur alliance, puis leur affrontement, vont rhytmer les dernières années de la République romaine. 

Pompée le Grand : l’ascension d’un général hors normes

Les débuts fulgurants d’un outsider

Gnaeus Pompeius Magnus, plus connu sous le nom de Pompée, est un produit atypique de la République romaine. Né en 106, il va connaître une ascention fulgurante jusqu'aux plus hautes magistratures, grâce à ses capacités militaires exceptionnelles, et à une série d'opportunités intelligemment saisies.

Dès les années 80, alors que Rome est en proie aux guerres civiles entre les partisans de Marius et Sylla, Pompée prend parti pour ce dernier. À seulement 23 ans, il lève sa propre armée sans mandat officiel.

Cette initiative personnelle, bien qu’illégale au regard des lois républicaines, est saluée par Sylla qui le surnomme rapidement "adulescens carnifex" («le jeune boucher»), alors que le jeune homme se montre impitoyable dans la répression des opposants à Sylla.



Buste de Sylla

Après la victoire de Sylla, Pompée poursuit son irrésistible ascension : il est envoyé en Afrique pour écraser les derniers partisans de Marius. De retour à Rome, il exige un triomphe, honneur habituellement réservé aux consuls ! 

Après quelques réticences, Sylla cède : Pompée obtient, alors qu'il n'a que 24 ans et qu'il n'a jamais siégé au sénat, son premier triomphe.

Cet évènement marque une rupture : Pompée montre qu’il est possible d’atteindre les plus hauts honneurs en contournant les règles classiques du système républicain.

L’homme providentiel d’un Sénat affaibli

Dans les années suivantes, Pompée, toujours sans expérience politique, se voit confier des commandements militaires exceptionnels. En 77, c’est à lui qu’on fait appel pour matter la révolte de Sertorius en Hispanie.

Il n'a été élu à aucune magistrature, ne siège même pas au sénat, et à 29 ans, il n'a pas l'âge légal pour exercer un commandement. Mais la République, devant l'impasse militaire, passe outre ses propres lois et confie une armée au jeune général.

Pompé met fin à la révolte. À son retour, il exige — et obtient — un second triomphe.



Le Triomphe de Pompée

En 71, alors que Rome tremble devant la révolte des esclaves menée par Spartacus, Pompée profite de la situation. Bien que Crassus ait déjà écrasé l’essentiel des troupes ennemies, Pompée intercepte et massacre les derniers fuyards, puis se fait attribuer le mérite de la victoire.

Cette manœuvre politique opportuniste renforce encore son prestige et sa popularité. Pompée est alors assez puissant pour imposer sa candidature au consulat de 70, alors même qu’il n’a jamais exercé aucune magistrature inférieure — une hérésie dans la République.



Les différentes magistratures de la République.

Le "cursus honorum" encadrait habituellement les carrières politiques de façon très stricte : à partir de 30 ans (et après avoir fait ses preuves dans l'armée) un romain pouvait devenir questeur ; après 40 ans, préteur ; à partir de 42 ans, il pouvait être élu consul. 

Ce système valorisait la constance, l'engagement civique et le respect des institutions. Avec Pompée, il vole en éclat. Les plus hautes charges sont desormais ouvertes aux audacieux, aux opportunistes, à ceux qui savent s'en saisir. 

Élu consul avec Crassus, Pompée participe à la restauration des pouvoirs des tribuns de la plèbe, affaiblis par Sylla. Ce geste populiste renforce sa popularité dans la plèbe. 

Il a retenu les leçons de Marius  : le pouvoir ne vient plus uniquement du Sénat, mais aussi du soutien populaire. Il veut utiliser ce soutien pour devenir encore plus puissant.



Buste de Pompée

Son prestige atteint son apogée entre 67 et 62, lorsqu’il reçoit deux commandements d'exeption :

  • En 67, le Sénat lui confie des pouvoirs militaires étendus pour éradiquer la piraterie en Méditerranée. Il nettoie les mers en moins de trois mois — un exploit salué dans tout l’Empire.

  • En 66, il obtient le commandement de la guerre contre Mithridate, roi du Pont. En quelques années, il annexe la Syrie, soumet l’Asie Mineure et réorganise toute la région en provinces romaines.


Carte : les conquêtes de Pompée (en bleu)

À son retour, Pompée dispose d’un immense prestige, d’un butin colossal, et de milliers de vétérans à qui il a promis des terres en récompense.

Au nom de Rome, il a organisé les nouvelles provinces, négocié des traités et des alliances avec les rois asiatiques et promis des terres à ses soldats. Problème : si le sénat lui a bien attribué des pouvoirs militaires spéciaux, il ne lui a pas accordé de pouvoirs politiques. Pompée n'avait donc techniquement pas l'autorité pour prendre toutes ces mesures.

Le sénat, inquiet de la puissance grandissante de Pompée, utilise ce prétext pour bloquer la ratification de ses décisions en Orient et refuser la distribution de terres aux anciens soldats, freinant son ascention.

Pompée est humilié. Lui qui s'est battu pour la République est brusquement mis à l'écart par le sénat, magrinalisé politiquement. Puissant mais l'impasse, il va devoir se trouver de nouveaux alliés. 



Le sénat romain

Le premier triumvirat : une coalition d’ambitieux

Au début des années 60, Rome est bloquée. Le Sénat refuse de ratifier les actes pris par Pompée à son retour d’Orient. Crassus ne parvient pas à faire voter ses mesures fiscales. César, en quête du consulat, se heurte à une coalition de conservateurs déterminés à le freiner.

Le Sénat, qui porte encore le souvenir des troubles sous Marius et Sylla, bloque l'ascension de ces ambitieux, par peur de perdre le contrôle. Face au mur, les trois hommes du moment comprennent qu’ils ont plus à gagner ensemble que séparément.

Crassus et César : deux ambitieux face au mur sénatorial

  • Crassus : la richesse sans prestige

Marcus Licinius Crassus est l’homme le plus riche de Rome. Héritier politique de Sylla, il a bâti une fortune monumentale grâce à des pratiques douteuses mais légales : rachats massifs de biens confisqués après les proscriptions, spéculation immobilière, compagnies privées d’esclaves et de pompiers.

Il dispose d'une force économique sans équivalent à Rome

Mais sur le plan politique, Crassus souffre d’un déficit d’image. Il a été consul, a vaincu Spartacus, mais il n’a ni le charisme de César, ni la gloire militaire de Pompée. Surtout, il a besoin d’alliés pour contourner l’élite sénatoriale qui le marginalise.



Tête de Crassus

  • César : l’ambitieux orateur

Né en 100, Gaius Julius Caesar appartient à une vieille famille patricienne. Il se distingue très tôt par un positionnement politique clair : il se range du côté des populares, ceux qui prétendent défendre les intérêts du peuple.

En se posant comme l'héritier de son oncle, le général Marius, César s'attèle rapidement à mettre le peuple de son côté. Il devient un maître dans l’art de se rendre populaire :

  • Il organise des jeux spectaculaires, finance des fêtes et des distributions alimentaires (pour lesquelles il s'endette jusqu'au cou).

  • Il restaure les statues de Marius, provocant les optimates, mais galvanisant la plèbe.

  • Il cultive une image d’homme simple, proche du peuple.
  • Il passe des heures sur le Forum à écouter les doléances de la plèbe.

 Son éloquence est redoutée ; ses discours sont clairs, incisifs, convaincants. Il devient l’un des meilleurs orateurs de son temps, capable de retourner une foule ou de neutraliser un adversaire politique par les mots.

Patiemment, César grandit son influence. Il vise le consulat, grâce auquel il pourra rembourser ses dettes et acquérir un prestige militaire. 

Mais devant l'opposition du sénat, contrôlé optimates, il comprend qu'il aura besoin de nouveaux alliés pour conquérir le pouvoir.



Buste de César

Une alliance co​ntre le système sénatorial

César observe que Pompée et Crassus, malgré leur puissance, sont neutralisés par le sénat. Pourtant, si les deux hommes s'unissaient, ils pourraient imposer leur volonté. César leur propose alors une alliance informelle, où chacun trouverait son avantage :

  • Pompée obtiendrait la ratification de ses mesures en Orient et des terres pour ses vétérans.

  • Crassus ferait avancer les intérêts économiques de ses réseaux.

  • César assurerait son élection au consulat.

Ce "triumvirat" forme une véritable coalition privée, unit pour peser face au sénat.

Pour consolider l’accord, César marie sa fille Julia à Pompée, bien plus âgé qu’elle. Ce mariage crée un véritable lien affectif entre les deux hommes. 



Mariage romain

Le consulat de César : coup de force légal

En 59, César est élu consul grâce au soutien du triumvirat. Dès son entrée en fonction, il met en œuvre le programme commun :

  • Une loi agraire redistribue des terres aux vétérans de Pompée.

  • Une réforme fiscale qui contente Crassus.

  • La ratification des actes de Pompée en Orient.

Face à une opposition virulente au Sénat, César fait directement voter ses lois dans les assemblées de la plèbe, sans passer par le consensus sénatorial.

Le Sénat est court-circuité. La République entre dans une nouvelle ère : celle des alliances personnelles.  Plutôt que de chercher le consensus par des débats au sénat, un petit groupe peut imposer sa volonté idépendament du reste de l'aristocratie. 

Cette nouvelle réalité mine complètement le principe de collégialité du pouvoir, à la base de la République romaine.

Départ pour la Gaule : vers une nouvelle puissance

À la fin de son consulat, César est nommé gouverneur de la Gaule cisalpine et transalpine pour cinq ans, un mandat prolongé par la suite. Ce poste, normalement peu convoité, va devenir pour lui la base d’un empire personnel.



Carte : la Gaule transapline (rose) et la gaule cisalpine (rouge), sont déjà sous contrôle de Rome. La Gaule chevelue (en vert), reste encore indépendante.

Sa stratégie est claire : partir conquérir en Gaule la gloire militaire qui lui manque, revenir avec de l'or, une armée fidèle, et peser autant — sinon plus — que Pompée à Rome.

Il laisse derrière lui une République plus fragile que jamais, dominée non plus par les lois, mais par la force, l’argent et les alliance privées.


De l’alliance à la rupture

Le triumvirat se fissure

Le premier triumvirat reposait sur un équilibre instable : trois ambitions différentes, trois égos immenses, réunis par intérêt, non par loyauté. Cet équilibre ne résiste pas à l’épreuve du temps.

Julia, fille unique de César et épouse de Pompée, meurt en couches. Sa mort n’est pas seulement une tragédie familiale : elle met fin au lien affectif et personnel qui unissait les deux hommes. Sans elle, leur relation redevient purement stratégique — et donc, potentiellement hostile.

En 53, Crassus, lui aussi en quête de gloire militaire, mène une expédition en Mésopotamie contre les Parthes. Mais la campagne tourne au désastre. À Carrhes (actuelle Turquie), Crassus est trahi et exécuté. 



Selon la légende, les Parthes auraient forcé Crassus à boire de l'or en fusion, pour se moquer de son avidité.

Avec sa mort, le triumvirat cesse d’exister. Le triangle devient un face-à-face. Pompée et César, jusque-là contraints à coopérer, se retrouvent seuls à occuper le sommet de la pyramide politique.

Mais dans une République sans institutions solides pour canaliser leurs ambitions, ils vont s'affronter dans une lutte à mort pour le pouvoir.

Pompée se rapproche du Sénat

Face à la montée en puissance de César en Gaule, Pompée change de stratégie. Lui qui s'était rapproché du peuple sous le triumvirat se pose de plus en plus en défenseur de l’ordre sénatorial.

Le Sénat, jusqu’alors méfiant envers lui, commence à le considérer comme un rempart contre l’ambition débordante de César. C'est une alliance d'interêt : les deux partis ont besoin d'un appui pour s'opposer à Jules César.



Buste de Pompée

En janvier 52,  de violentes émeutes éclatent à Rome après l'assassinat du tribun de la plèbe Clodius par un sénateur optimate, dans un combat de rue. La capitale s'embrase. 

Des milices populares et optimates se livrent une guerre de rue. La foule incendie la Curie, siège du sénat.



Le corps de Publius Clodius Pulcher

Le Sénat, impuissant, fait appel à Pompée pour rétablir l’ordre à Rome : il est nommé consul unique, sans élection. Le République retombe dans les bras de cet homme providentiel. 

Pompée gouverne seul. Il fait voter des lois contre la violence politique, mais surtout des lois qui le renforcent personnellement : il se fait attribuer le contrôle des greniers à blé, du commandement militaire en Italie, et une extension de ses pouvoirs proconsulaires.

Sous prétexte de sauver la République, il concentre le pouvoir dans ses mains.

César en position de force : l’armée et la légitimité populaire

Pendant ce temps, César mène ses campagnes en Gaule (58–50). Victoire après victoire, il étend les frontières de Rome jusqu’à l’Atlantique et le Rhin. Mais surtout, il construit un lien personnel avec ses légionnaires.

Après 8 ans passés à ses côtés, les soldats développent une fidélité envers leur général. Comme Sylla ou Pompée, il s'assure ainsi du soutien de son armée personnelle. 



César et son armée (Rome, HBO)

Malgré la distance qui le sépare de la capitale, il entretient sa popularité à Rome grâce à une propagande habile. 

Ses Commentaires sur la guerre des Gaules, rapports officiels de sa campagne, sont diffusés régulièrement et transforment ses victoires en récits héroïques.



César dicte ses Commentaires

En parallèle, il se forge une image de bienfaiteur public en envoyant à Rome d’immenses richesses et des milliers d’esclaves, qui financent jeux et distributions.

En 49, le mandat de César arrive à expiration. La Gaule est alors globalement pacifiée. Pour revenir à Rome, César doit maintenant  licencier son armée.



Carte : les territoires soumis par César en 50 av. J.C.

Tant qu'il conservait son mandat en Gaule, César bénéficiait d'une immunité juridique. Sans cette immunité, il devient vulnérable : ses ennemis, inquiets de sa popularité, prévoient déjà de le poursuivre en justice pour le faire tomber ! 

Son plan : être élu consul, une charge avec laquelle il profiterait aussi de l'immunité. Il demande donc à se présenter au consulat in absentia, c’est-à-dire à participer à l'élection sans rentrer à Rome.

Le Sénat refuse. Pompée, qui aurait pu soutenir ce compromis, choisit de s’y opposer. Il pousse même le Sénat à ordonner à César de licencier ses troupes. Il met César face au mur : 

  • S’il obéit, le général perd l'appui de ses légions et sera à la merci de ses ennemis politiques.

  • S’il refuse, il devient un rebelle, ennemi public à Rome.

Une rupture inévitable : la guerre civile se prépare

Face à ce diktat, César joue sa dernière carte. En janvier 49, il franchit le fleuve Rubicon, limite entre la Gaule cisalpine et l’Italie.



Carte : le Rubicon en Italie. Au nord, la Gaule cisalpine, province romaine sous administration militaire. Au sud, c'est le territoire de la République.

C’est un acte interdit par la loi : un général n’a pas le droit d’entrer en Italie avec son armée. En franchissant ce seuil, César déclare la guerre non seulement à Pompée, mais au système républicain lui-même.

Conscient de la gravité de son act, il aurait prononcé, au moment de franchir le fleuve : 

"Alea jacta est"

— le sort en est jeté. À partir de maintenant, il n'y avait plus de retour en arrière : il fallait s'imposer à Rome ou mourir en paria. 



César franchit le Rubicon

Pompée, surpris par l'audace de son rival, évacue Rome sans combattre. Il veut prendre le temps de rassembler ses troupes.

La guerre civile commence. La République connaît ses dernières convulsions.


La guerre civile

La fuite de Pompée et du Sénat

Le franchissement du Rubicon par César en janvier 49 av. J.-C. est un coup de théâtre, mais il ne s’accompagne pas d’un affrontement immédiat.

Contre toute attente, Pompée ne tente pas de défendre Rome. Il évacue la capitale sans livrer bataille, entraînant avec lui la majorité du Sénat et des magistrats.

Ce repli est stratégique : Pompée sait qu’il a la supériorité navale et le soutien des provinces orientales. Il compte regrouper ses légions d’Italie et d’Orient, attirer des renforts d’Espagne, et revenir avec une armée imbattable.

Mais politiquement, son retrait est un désastre. Aux yeux du peuple, Pompée abandonne Rome, tandis que César s’y installe en maître sans avoir eu à verser une goutte de sang.


Avec la fuite de l'administration, Rome connaît un vide de pouvoir que César comble immédiatement. Il convoque les sénateurs restant, organise les finances, rassure le peuple, et prend le titre de dictateur afin de légaliser son pouvoir.

Le message est clair : il impose l’ordre là où ses adversaires ont fui.



Après la fuite de ses adversaires, César administre Rome. Il fait battre monnaie, inscrivant son nom sur les pièces.

La bataille de Pharsale (48)

Au printemps 48, après avoir sécurisé l'Espagne, César traverse l’Adriatique avec une partie de son armée. Il débarque en Albanie avec moins de troupes que prévu. En face, Pompée présente une armée numériquement supérieure et bien équipée.

Les deux armées se rencontrent le 9 août 48, à Pharsale, en Grèce. Pompée aligne environ 45 000 hommes contre 22 000 pour César. Mais ce dernier possède deux atouts décisifs :

  • Une armée aguerrie et entièrement loyale.
  • Une tactique d’infanterie innovante, testée lors de la Guerre des Gaules.

Après un court affrontement, l'armée de Pompée est mise en déroute.



La bataille

La mort de Pompée

Après Pharsale, Pompée fuit vers l’Égypte, où il espère trouver refuge auprès du Pharaon Ptolémée XIII. Mais le royaume est en pleine guerre de succession, et les dirigeants ont peur de s’attirer la colère de César.

À son arrivée, Pompée est accueilli par une délégation égyptienne. À peine a-t-il posé le pied sur la plage qu’il est poignardé sous les yeux de sa femme. Son corps est abandonné sur le sable et sa tête, tranchée, remise à un officier. Il meurt seul, loin de Rome, trahi et humilié.



Pompée est assassiné

​Quelques jours plus tard, César arrive à Alexandrie. Les envoyés de Ptolémée lui offrent la tête de son rival. À cet instant, selon Plutarque, César fond en larmes. Il condamne immédiatement le meurtre et fait exécuter les responsables.

Fidèle à son image de clémence, César rappatrie le corps de son rival et lui organise des funérailles solennelles. En honorant Pompée, il montre qu'il n'est pas un tyran en quête de vengeance, mais un chef qui respecte Rome et ses grands généraux.



On présente la tête de Pompée à César.

Avec l'assassinat de Pompée, le dernier défenseur crédible de la République sénatoriale est tombé. La République n'a plus de champion, plus d'armée, plus de voix forte pour l'incarner.

Désormais, César est seul. Il va pouvoir imposer sa volonté à Rome.



"César franchit le Rubicon", Adolphe Yvon, 1975.

Conclusion

La guerre entre César et Pompée est l'un des derniers actes de la lente chute de la République. Ce que révèle leur affrontement, c’est que les institutions républicaines ne résistent plus face à l’émergence de nouvelles dynamiques.

  • La politique de "l'exception"

D’abord, le pouvoir républicain est devenu incapable de fonctionner sans hommes providentiels. Le Sénat, affaibli, paralysé par des querelles internes et un conservatisme rigide, a cessé de produire du consensus. 

Pour résoudres les crises, il a préféré confier des pouvoirs exceptionnels à des hommes forts, comme Pompée, au mépris des lois de la République. En faisant de l'exception une norme, le Sénat vide lui-même les lois et les institutions de leur sens.

  • L'instrumentalisation des masses

Ensuite, le politique s’est déplacé du débat sénatorial vers l’arène populaire. César, en particulier, comprend que le peuple n’est pas qu’un électorat : c’est une arme.

Il mobilise les foules, instrumentalise les tribuns, et construit un pouvoir personnel sur des bases sociales. 

  • L'émergence des alliances privées

Troisième facteur clé : la montée des alliances privées comme substitut aux institutions publiques. Le premier triumvirat  marque la fin du consensus sénatorial, qui guidait les décisions politiques. 

Les puissants s'entendent à présent entre eux, en dehors du Sénat. L'aristocratie romaine s'efface devant le pouvoir de quelques-uns.

  • Un processus amorcé depuis longtemps

La chute de la République sous César n’est pas un coup de force isolé, mais l’aboutissement d’un processus ancien et profond.

Depuis plus d’un siècle, Rome était minée

  1. par la paralysie de ses institutions,

  2. par des inégalités sociales croissantes,
  3. par la montée des violences politiques,

Dans ce vide, des généraux victorieux ont peu à peu imposé une nouvelle logique de pouvoir, fondée sur la force, la popularité et les alliances personnelles plutôt que sur le consensus aristocratique.

La République ne s’effondre pas sous le poids d’un seul homme. Quand César franchit le Rubicon, elle est déjà dans un état de putréfaction avancé, affaiblie par plus d'un siècle de crises.  

L’Empire s’apprête à tomber comme un fruit mûr dans les mains de celui qui saura se placer.



Quiz de révision

Vrai ! Il gravit rapidement les échelons et s'impose comme un général indispensable.
-Pompée
-César
-Crassus
L'alliance permet aux trois hommes d'unir leur forces contre le Sénat, qui s'oppose à leurs ambitions.
Pendant sa campagne, César acquiert:
-Du prestige
-Des richesses
-Une armée fidèle
-Le soutien du peuple, car il finance des jeux et des distributions
Il s'allie au Sénat, qui craint lui aussi la montée en puissance du général.
Faux ! César bat bien Pompée à Pharsale, mais le général romain meurt assassiné en Égypte, alors qu'il est en fuite.